Un pavé syndical dans la mare coloniale


Vendredi, 23 Avril, 2010
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La lutte syndicale fut l’un des axes majeurs de luttes contre les inégalités de droits dans les milieux agricoles, ouvriers et administratifs entre les travailleurs français et africains. Cette force unitaire rejointe à ses débuts par les centrales syndicales de la métropole prendra des dimensions considérable lorsqu’elle prit son envol…

Il faudra attendre la chute du Front Populaire français pour que l’on concède à l’AOF le 11 mars 1937, les conditions d’applications des titres 1 et 2 du livre 3 du Code du Travail métropolitain. Ce timide progrès offrit le droit aux travailleurs instruits de se syndiquer. Peu de jours après, un nouveau décret tombe : Le 20 mars 1937 reconnaît clairement le droit aux travailleurs qui ne remplissaient pas cette condition d’adhérer à une association professionnelle. Cette dynamique syndicale qui prend forme peu a peu a été le fruit de l’inspiration précoce d’idées marxistes au Sénégal. Mais c’est le 16 septembre 1944 que né le décret instituant les syndicats professionnels « sur les territoires coloniaux français-africains ».
A partir de cette date, travailleurs africains et européens font l’expérience d’une progression commune par l’unification de leurs efforts, le but étant de peser aux tables des négociations.

De ce mariage naquit un organisme de coordination : l’Union des Syndicats Confédérés d’AOF-CGT, représentée par 2 secrétaires généraux l’un français, l’autre africain. Par tradition, le pluralisme syndical a toujours existé en métropole mais son prolongement étend désormais ses racines  jusqu’en  Afrique de l’Ouest car dans le même temps la CFTC et FO s’affilièrent aux syndicats africains.
Une série de grèves incisives s’opère de décembre 1945 à février 1946 et donne issue au rééquilibrage des droits entre travailleurs du secteur public et du secteur privé.

Mais cette lutte a avant tout permis aux membres des deux communautés (française et africaine) de porter lourdement atteinte aux administrations. La grogne syndicale monte et son ampleur massive s’étend sur les terres africaines en peu de temps grâce au soutien d’une population qui aspire aux changements.
C’est à ce moment que « l’aberration » des alliances syndicales franco-africaine se fait ressentir. En effet, les travailleurs salariés sont une minorité à cette époque et sont employés principalement dans le secteur du transport et dans le secteur administratif. Pour ces travailleurs, les revendications qu’ils portent sont sans ambigüités, ils ciblent principalement l’égalité des salaires avec les européens et une meilleure organisation de leur carrière. Un autre décalage divise l’union syndicale franco-africaine : alors qu’en Europe la lutte syndicale focalise sur la lutte des classes, l’Afrique, dépourvue d’une classe prolétarienne revendique son combat contre l’oppression coloniale.

La confirmation de ce détachement vint avec la grande grève des cheminots maliens et sénégalais qui sévit d’octobre 1947 à Février 1948. La tendance  « nationaliste » s’affirme par l’activisme des militants du Bureau Démocratique  Sénégalais  (BDS) créé par Léopold Cédar Senghor au lendemain de sa démission de la SFIO. Le rapprochement entre le BDS de Senghor, de certains syndicalistes radicaux comme l’intellectuel Abdoulaye Guèye et le député Gabriel d’Arboussier qui militaient à l’UDS-RDA, permit de poursuivre les efforts pour l’unité des travailleurs. A cet instant tous font bloc pour aboutir à la grève générale du 3 novembre 1952 qui fut couronnée par l’adoption du Code du travail d’Outre Mer le 15 décembre 1952. Il sera par ailleurs appliqué en 1953 avec la mise en place de la semaine de 40h entre autre.

Certains leaders comme Sékou Touré ou encore Léopold Sédar Senghor n’ont pas encore renoncés à détacher le mouvement syndical du Parti Communiste Français mais ils quittent la CGT pour fonder la CGTA (Confédération Générale des Travailleurs Africains) en novembre 1955, plus en adéquation avec la réalité africaine. Peu de temps après, la CGTA devient à partir du 20 janvier 1957, l’UGTAN (l’Union Générale des Travailleurs d’Afrique Noire). Ce changement de cap est marqué par un désintérêt pour la lutte des classes au profit d’une « lutte à outrance pour l’émancipation politique de l’homme noir ». Cette radicalisation de lutte contre l’establishment colonial agit en accélérateur dans le processus de décolonisation. Malgré les divisions entre les différents leaders politiques africains que ce mouvement suscite, la maturité de la force syndicale africaine amorce, d’un pas décidé, sa grande marche vers une libération certaine…  

Nadjib SELLALI

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