L’affaire Kokou : le racisme tue


Jeudi, 9 Janvier, 2014
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Gustave Kokou, étudiant en philosophie d’origine togolaise, se rendait à la gare du village de Mortefontaine-en-Thelle (l’Oise) lorsqu’il croise son voisin, David Dumont. Celui-ci, accompagné de sa concubine, lui propose alors de monter dans sa voiture…

En route, David Dumont s’arrête chez les Bonnefis, famille de sa compagne, pour la déposer. Il sort de sa voiture, une violente altercation éclate entre les concubins. Antoine, frère d’Estelle, sort de chez lui, une arme à la main, se dirige vers son beaufrère et tire. David tombe. Gustave sort à son tour de la voiture pour le secourir, il prendra lui aussi deux balles, mortelles.

 

Lorsque cette tragédie se produit, le 7 janvier 1998, une question revient incessamment : pourquoi Gustave Kokou est-il mort ?

 

Si le meurtre de David Dumont trouve une explication dans les violences constantes entre les deux familles, dans le climat de violence constante au sein de la famille Bonnefis, une mère battue, un père suicidaire et récemment interné dans un hôpital psychiatrique, le meurtre de Kokou, étranger aux vies des deux familles, peine à s’expliquer sinon qu’il était au mauvais endroit, au mauvais moment.

 

Mais cela, c’était avant qu’on ne découvre dans la chambre de Bonnefis la parfaite panoplie du néonazi, Mein Kampf inclus. La haine vouée par la famille aux étrangers est notoire. Antoine Bonnefis distribuait les tracts le matin même pour le FN, les explications au commissariat de comment il a « buté le noir », le coup d’appel au responsable local du FN, un second père, juste après le double meurtre.

 

Les indices des motivations racistes du double meurtres s’accumulent. Un procès en ce sens sera intenté par la ligue des droits de l’Homme, SOS Racisme ainsi que la MRAP contre le meurtrier. Celui-ci niera toute idéologie raciste: les Skins, c’était un souvenir ; le FN, c’était le service de la patrie. Il nie la haine raciale et prétexte le coup de folie. La cour d’assises de l’Oise condamne le jeune majeur de dix-huit ans, le 18 Mai 2001, à quatorze ans d’emprisonnement sans reconnaissance du caractère raciste de son agissement envers Kokou. Devant la grogne générale, des associations et du ministère public lui-même insatisfaits, le procès est rejugé aux assises à la date du 17 novembre 2001. Antoine Bonnefis écope alors d’une peine de vingt ans de réclusion criminelle avec reconnaissance du crime raciste.

 

Justice sera faite pour David Dumont et pour Gustave Kokou, scellant l’histoire de destins brisés, l’histoire d’hommes morts à cause de leur couleur. Le premier avant vingt cinq ans, le deuxième vingt quatre ans, et tous deux avaient toute une vie devant eux.

 

Amel Azem

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