Interview : Carmen Cuesta : « Les mineurs délinquants de 12 ans ne constituent qu’une minorité ».


Samedi, 28 Février, 2009
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Carmen Cuesta est Educatrice à la PJJ de Bordeaux. Elle souhaiterait que les politiques se penchent davantage sur les problèmes de fond.

De nombreux éducateurs de la PJJ se sont mobilisés contre la réforme Varinard, pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

 

Il est prévu de réformer l’ordonnance de 1945 qui prévoit la prise en charge des mineurs délinquants. Parmi ces propositions, il est question de mettre en place un nouveau code pénal dédié aux mineurs délinquants. Par exemple, il a été proposé que la responsabilité pénale des mineurs fixée à 13 ans passe à 12 ans.

 

Est-ce une solution pour lutter contre la délinquance des mineurs ?

 

Pas du tout. Ce que je constate sur le terrain c’est que les mineurs délinquants de 12 ans ne constituent qu’une minorité.

 

Pensez-vous que la violence des mineurs se soit radicalisée ?

 

Le phénomène de délinquance en lui-même a toujours existé, seulement le seuil de tolérance est moindre par rapport à avant. Aujourd’hui, davantage de comportements sont appréhendés par le législateur ainsi les chiffres de la délinquance augmentent. Cependant on observe un phénomène de délinquance lié à l’autorité, les institutions et notamment l’école et la police connaissent des tensions de plus en plus importantes avec les jeunes.

 

Avez-vous l’impression  que les réponses judiciaires apportées actuellement sont appropriées à ce que vous constatez sur le terrain ?

 

Aujourd’hui les choix qui sont faits ne sont pas appropriés. On veut faire évoluer l’ordonnance de 1945 vers plus de répression. Les jeunes dont je m’occupe sont en situation d’échec scolaire depuis de longues années et marginalisés. Ce ne sont pas de telles réponses dont ils ont besoin.

 

Alors que faudrait-il faire ?

 

Analyser au plus près la nature des difficultés rencontrées par ces jeunes, réfléchir à la nature des passages à l’acte, à leurs causes. Malheureusement, les réponses qui sont apportées sont judiciaires et policières. Il n’existe pas de projet de société pour cette jeunesse, or il faudrait réfléchir de façon plus globale. Mettre en place un projet lié à la formation professionnelle, au logement, à la précarité des jeunes.

 

Quelles propositions faites- vous ?

 

Pour moi, la priorité c’est l’école, la formation professionnelle et l’emploi des jeunes. Il y a certes des dispositifs mis en place mais ces derniers sont inadaptés au public dont je m’occupe. La politique actuelle consiste à régler les conséquences des actes de délinquance alors qu’il faudrait davantage se pencher sur les problèmes de fond.

 

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