L'enseignement malien dérive sur un fleuve de savoir asséché


Lundi, 16 Novembre, 2009
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A 240 km de Bamako, Segou, petite ville malienne sur la route de Mopti.  Un avre de paix où la douceur de vivre glisse sur votre peau comme la perche du piroguier caresse l’eau. Mémé Coulibaly, 52 ans, directeur d’école nous ouvre les portes de son école primaire Brehima Oulé dans le quartier de Pelingana Sud.

(crédit Photo: Nadjib SELLALI)

Nadjib SELLALI : Combien d’élèves y a-t-il ici ?

Mémé Coulibaly : (Il esquisse un sourire) 551 élèves, il y a 247 filles pour 304 garçons, nous avons 6 classes de 70 à 100 élèves. Pour chaque classe de niveau nous avons deux maîtres en double vacation, c'est-à-dire que l’un assure les cours durant la matinée et l’autre l’après midi. Avec une équipe pédagogique qui a entre 28 et 58 ans.

 

N.S : D’où viennent les financements de votre école ?

 M.C : Les parents donnent 1500 Francs CFA par an à la coopérative . De plus,  Intervilla, ONG espagnol, s’occupe de soutenir les écoles de la région et donc nous faisons partie de son programme d’aide à l’éducation. Grâce aux contributions des parents nous avons pu ouvir une classe supplémentaire. Le matieriel et les fournitures scolaires sont notre plus gros problème. Heureusement que les parents, soucieux de l’avenir de leurs enfants et attachés à l’école, ont mis en place une initiative grâce à laquelle nous recevons 500 francs CFA en plus par élève pour que l’école se dote de fournitures et de meubles.  « Aide toi et le ciel t’aidera ! »


N.S : Quels sont les difficultés majeurs que vous rencontrez ?

M.C : En tant que directeur, j’ai beaucoup de problèmes de recrutement car les instituteurs ne sont pas issus de bons centres de formations et ne proviennent plus de l’école des maitres (équivalent e l’IUFM en France). Il y a aucune évaluation du personnel enseignant, mais nous sommes en train de le mettre en place même si ce n’est pas facile. A mon époque, nous avions une meilleure formation. On étudiait la pédagogie, la psychologie, la psycho pédiatrie. Nous avions connaissance de toutes les étapes de l’évolution de l’enfant. Ces nouvelles générations d’enseignants ne sont pas ici par vocation, pour eux il ne s’agit que d’un gagne pain. Dans dix ans, l’école malienne sera représentée par cette génération et là ce sera la catastrophe.

 

N.S : A quoi est dû cette disparition de l’école publique ?

M.C : L’enseignement est devenu un champ d’expérimentation. Chaque année, l’Etat change les méthodes d’enseignement. Au final, les enfants ne parlent même plus correctement le français. Selon les régions, c’est la langue locale (le Bambara, le Tamashek, le Bobo…) qui est enseigné en priorité. Mais où va-t-on ? En plus les enseignants eux mêmes ne maîtrisent plus les langues du pays. Par contre en privé la langue enseignée est le français alors que dans le public les élèves apprennent le français qu’en 7ème (6éme en France)  et sont complètement désorientés. Notre Etat crée des écoles de futurs chômeurs. C’est grave pour ces enfants et pour l’avenir de ce pays.

 

 

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