Chez Alvimmo : «pas de noirs, pas d’arabes, pas de japs» !
Cette stratégie a été soigneusement mise en place par le responsable. Pour masquer toute considération raciste de l’éviction de ces candidatures, ce dernier demandait à sa salariée d’invoquer le refus par l’assurance d’accepter le dossier.
Si toutefois le client se révélait « insistant », elle avait pour ordre de renvoyer le dossier vers le directeur, qui inventait alors toute raison technique pouvant soi-disant justifier le refus de location. Etait par exemple évoquée l’indisponibilité du logement.
De simples vérifications permettaient toutefois de constater le caractère fallacieux de ce motif. Patricia S. étant en désaccord profond avec les consignes discriminatoires constantes de son employeur, et ayant toujours refusé de les exercer elle-même, ce dernier a finalement mis un terme immédiat à son contrat de travail.
Entre temps, une opération de testing réalisée avec une caméra cachée a dévoilé le directeur de l’agence immobilière en train d’émettre des ordres de discrimination à son employée. Le testing a permis également d’identifier certaines victimes de ces discriminations, notamment deux couples qui, bien qu’ayant déposé un dossier complet à l’agence à l’issue d’une visite et présentant toutes les garanties de solvabilité exigées, ont néanmoins été écartés de la location.
Il a fallu attendre trois longues années pour que soit déclarée recevable la plainte avec constitution de partie civile déposée par SOS Racisme. Le 3 janvier 2011, une ordonnance de non-lieu est rendue par le magistrat instructeur, celle-ci précisant que « les déclarations de Patricia S. n’ont été confirmés par aucun des employés de l’agence ». Pour parvenir à une telle conclusion, le juge d’instruction avait catégoriquement refusé d’entendre le vice-président de SOS Racisme et de prendre en compte l’enregistrement vidéo du testing réalisé par France 3. La chambre de l’instruction a infirmé cette décision et le procureur a finalement requis le 17 octobre 2013 le renvoi devant le Tribunal Correctionnel.
Le combat se poursuit aujourd’hui, avec Me Bijon dans le cadre de l’instruction, malgré les difficultés techniques rencontrées par la Fédération Nationale des Maisons des Potes et la Maison des Potes – Maison de l’Egalité, tout comme SOS Racisme à l’époque, pour se constituer partie civile contre la société
ALVIMMO.
Noémi Fischbein
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