Cinq élus réagissent sur l’école d’aujourd’hui


Lundi, 16 Novembre, 2009
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Jean-Marc Ayrault (Député maire PS de Nantes); Delphine Batho (Députée PS des Deux-Sèvres); Jean-Christope Cambadélis (Député PS de Paris); Aurélie Filippetti (Députée PS, 8ème circonscription de Moselle) et Damien Flament  (Secrétaire National du MJS) réagissent.

Les profs expérimentés

Faudrait-il imposer aux professeurs les plus expérimentés d’aller enseigner en ZEP ?

Delphine Batho : Les enseignants les plus expérimentés ne sont pas forcément, les plus motivés. Cette motivation, on l’a retrouve, parfois, chez les professeurs les plus jeune qui, de plus, ont un respect profond pour le service public éducatif. La notion fondamentale est une équipe éducative, motivée, qui travaille collectivement. Et non pas forcément une question d’ancienneté.

 

Aurélie Fillipeti : J’ai été enseignante. Et lorsqu’on sort de sa formation, on n’est pas du tout prêt à enseigner. L’apprentissage se fait donc sur le terrain. Envoyer des jeunes enseignant dans des établissements difficiles c’est une catastrophe. Une catastrophe pour les élèves, parce qu’ils ne sont pas dans de bonnes conditions pour apprendre, et c’est catastrophique pour les enseignants.

 

Jean Marc Ayrault : Il faut que ce soit tout de même un contrat de confiance…Imposer de façon bureaucratique et administrative ne marche pas. Je ne crois pas qu’il faille culpabiliser l’enseignant, il faut leur faire confiance. Mais, effectivement qu’il faut de l’expérience pour travailler dans les établissements les plus difficiles.

 

Damien Flament : Je suis effectivement favorable à ce que’on mélange plus les générations d’enseignants, mais on ne résoudra pas les problèmes des quartiers défavorisés uniquement par l’école, c’est un leurre.

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Le bussing

Le bussing peut être une solution qui compense les carences qu’amène le démantèlement de la carte scolaire ?

Delphine Batho : « le bussing », moi ça me gêne dans le sens où, à chaque fois, la logique qu’il y a derrière c’est que ça ne concerne que quelques-uns. On prend un échantillon de banlieusards et on leur donne la possibilité de réussir, alors que moi je voudrais donner les moyens à tous les gamins de banlieue de réussir, une logique très « promotion à l’américaine ». Aux Etats-Unis, vous savez, seuls quelques-uns réussissent parfaitement bien et ça n’empêche pas à l’immense majorité de la population qui vit dans les ghettos de rester sur la touche… donc attention, c’est un peu le modèle libéral. Mon idée c’est « les établissements d’excellence ». C’est-à-dire, offrir un système éducatif de très haut niveau on l’on donne les moyens de permettre à chacun, y compris avec les suivis personnels nécessaires, de réussir dans ces établissements. C’est compliquer de demander à l’école de résoudre les problèmes de ségrégation urbaine sans oublier tout de même son rôle à jouer.

 

Aurélie Fillippetti : Je pense qu’il faut tester, il y a des expérimentations en cours. Moi en tout cas, je suis favorable à toutes les expériences qui visent à favoriser le mélange social dans les établissements scolaires, dont le « bussing », mais aussi à la réduction des effectifs des classes des établissements les plus difficiles et ce, dès le CP, avec des classes de 15 élèves dans les endroits les plus durs pour permettre aux enseignants d’apporter une aide personnalisée aux enfants qui en ont le plus besoin. C’est ça le coeur d’une politique éducative égalitaire.

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L'échec scolaire

Quelles solutions proposez- vous pour faire baisser l’échec scolaire ?

 Jean-Marc Ayrault : Plus l’enfant est en difficulté plus il faut l’aider mais il faut que ça se passe dans le cadre d’un contrat avec la famille. Je pense que l’éducation nationale doit être tellement engagée que ça doit se passer dans un contrat avec les collectivités locales, les mairies en particulier ou avec le département pour les collèges. Il n’y a que comme ça que ça peut marcher.

 

Jean-Christophe Cambadélis : Je suis très favorable à une avancée vers une individualisation des parcours scolaires. Je trouve ça fou que l’on puisse penser qu’un être humain a le même rythme de développement que la moyenne à un âge déterminé. Je prends toujours l’exemple du philosophe Bachelard qui a produit à la fin de sa vie. Ou moi qui étais un mauvais élève en primaire et en secondaire, en plus dyslexique, et ça ne m’a pas empêché de terminer mon doctorat de sociologie politique brillamment. Parce qu’à partir de 18 ans j’ai eu un « tilt », je me suis engagé politiquement et en plus je faisais des études alors qu’avant ça m’ennuyais. Donc le rythme de développement de l’individu n’est pas le même …. notre système est trop rigide !

 

Damien Flament : Nous, nous demandons plus de moyens financiers et humains. Je suis assistant d’éducation par ailleurs dans un collège et je vois les conséquences des choix qui ont été faits par exemple en 2002 avec le retrait du statut de surveillant (M.I.S.E). Ce profil d’encadrant était une vraie aide pédagogique pour l’élève. Aujourd’hui, la pédagogie est mise de côté au profit de solutions moins coûteuses et plus précaires… ça vous donne un peu le niveau de préoccupation concernant l’Education dans notre pays…

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Les élites des ZEP

 Nous voyons régulièrement les élèves, issus des quartiers, qui réussissent à rentrer dans les grandes écoles être mis en avant. N’est-ce pas l’arbre qui cache la forêt ?

Aurélie Fillippetti : (Embarrassée) Je trouve tout de même que c’est une bonne chose, que l’on puisse offrir des places aux jeunes issus des quartiers dans ces établissements d’excellence à travers des politiques volontaristes. Pour ce qui en est de l’élite, c’est parfait mais il faut et aujourd’hui surtout, s’occuper des 190 000 élèves qui sortent du système scolaire français sans même obtenir un diplôme ou une formation. Ce sont ceux qui rencontrent les pires difficultés à trouver un boulot. Parce que ce sont eux qui sont en situation de déshérance.

 

Jean-Christophe Cambadelis : Oui bien sûr, il faut ouvrir le système, il faut permettre au plus grand nombre d’y accéder sans pour autant baisser le niveau. Il faut donc hisser le niveau des élèves qui n’accèdent pas à ces grandes écoles. A partir de là, on pourrait considérer qu’il puisse y avoir plusieurs paliers, comme des filières préparatoires spécifiques… Parce qu’il n’y a aucune raison biologique ou neurologique justifiant que les jeunes, issus des banlieues, ne puissent pas accéder aux grandes écoles. Donc tout cela est une question d’apprentissage, de formation, de milieu familial et je dirais même d’habitat.

 

Damien Flament : Exactement, ça fait parti du concept de discrimination positive…On prend les meilleurs d’établissements dévastés socialement et auxquels on ne donne aucun moyen. On ne doit pas se satisfaire de la réussite de quelques uns, nous revendiquons la réussite de tous ! Etant donné que ce n’est pas une méthode universaliste je ne vois pas pourquoi le Parti Socialiste devrait s’allier à ce concept de discrimination positive.

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Effectifs des profs

Seriez-vous favorable à une augmentation de 30% des effectifs de profs en ZEP ?

Delphine Batho : Ouai au moins (sourire)… Moi je pense, ça peu paraître ringard, mais ce n’est pas vrai que l’on peut faire cours dans de bonnes conditions quand on est 40 par classe. Je vois aujourd’hui, en tant que députée en milieu rural, des classes de maternelles dans ma circonscription où l’on met 30 élèves par classe en maternelle… c’est scandaleux. Et je vois, à travers mon parcours, le même type de ségrégation sociale, de misère sociale, en milieu rural, que celui que j’ai pu connaître en banlieue. Je pense que dans les zones d’éducation prioritaires, il ne faut pas avoir plus de 15 ou 20 élèves par classes, donc effectivement, ça demande des enseignants. Je pense qu’il y a aussi une dimension de plus value qu’il faudrait mettre dans ces établissements scolaires qui pourrait être des établissements d’excellence à savoir tout ce qui concerne le sport, la culture.

 

Jean-Mac Ayrault : Oui et ça fait longtemps que je le dis. Et j’irais même plus loin, si vous avez 5 élèves de plus dans les classes d’établissements de quartiers favorisés, ça ne perturbera pas leur fonctionnement. Par contre dans un certain nombre d’endroits, si vous n’avez pas de vrais moyens comme : mieux payer les enseignants, leur donner plus de temps pour mieux préparer leur cours, plus de temps pour s’entretenir avec les élèves comme avec leurs parents. Il s’agit vraiment d’engager un travail de revalorisation du métier d’enseignant parce que c’est un métier qui est de plus en plus difficile. Il y a des secteurs où le métier d’enseignant est extrêmement usant parce qu’il y a beaucoup d‘agressivité, de tensions… C’est pour ça que je n’arrive pas à comprendre comment on a pu traiter le dossier des RASED avec une telle désinvolture ! ça m’a beaucoup frappé de voir, en tant que député, comment les familles se sont mobilisées pour défendre les RASED. Qui les ont le mieux défendus ? : Ce sont les classes populaires. Parce qu’elles avaient compris le malaise que ces suppressions impliquent.

 

Jean-Christophe Cambadelis : Évidemment, je suis favorable à ce que les ZEP soient mieux dotées, ça serait le symbole d’une égalité réelle de mon point de vue. Il faut concentrer les moyens là où il y a le plus d’inégalité. Dire que l’on répartit l’égalité sur tout le territoire était une théorie nécessaire sous la troisième, la quatrième République et au début de la cinquième. Parce qu’il s’agissait de permettre l’éducation pour tous. Mais aujourd’hui on en est arrivé à « l’éducation pour certains ». Donc si l’on veut permettre que l’ensemble de la population française et la population la plus défavorisée, en particulier, puisse accéder à l’éducation et bien il faut massifier les moyens là où il y a les plus grandes difficultés.

 

Damien Flament : Je ne connais pas le pourcentage exact mais oui… Au-delà du nombre de profs supplémentaires en ZEP, il s’agit également d’embaucher du personnel encadrant en plus. Tout ce dispositif n’existe plus aujourd’hui et il est déterminant pour l’avenir. Il faut savoir que l’on a seulement 6% d’enfants d’ouvrier seulement en 3éme cycle d’étude universitaire. Même si les études supérieures se sont démocratisées (2,2 millions d’étudiants à l’heure actuelle), les classes les plus défavorisées ont encore du mal à accéder aux études universitaires ou alors ils échouent puisqu’ils sont obligés de se salarier à côté de leurs études…

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Lycée : 1990 / 2009 Qu'est ce qui a changé ?

Les revendications que vous portiez à l’époque, alors Présidente de la FIDL, (qui ont amené le gouvernement à débloquer 4,5 milliards pour l’aménagement des établissements ZEP) n’ont finalement pas abouti au regard de la situation dans laquelle se trouve les établissements scolaires de banlieue. Quel bilan en tirez-vous ?

Delphine Batho : ça a complètement abouti, je ne vois pas du tout de quoi vous me parlez, les lycées sont globalement en bon état, les 4 milliards ont été parfaitement utilisés…

 

Vous en faites donc un bilan complètement positif ?

Non, il y a des manques. Dans le mouvement de 90, il y avait plusieurs choses et ce que l’on a obtenu c’est la rénovation des lycées. Elle a été plutôt bien faite puisque que ce sont les régions qui s’en sont chargées. Si l’on compare l’état dans lequel étaient les lycées dans les années 80 et l’état dans lequel ils sont aujourd’hui, il y a une sacrée évolution. Il fallait voir dans quels états ces établissements scolaires étaient : plafonds fissurés... L’autre élan des revendications du mouvement de 90 c’était de lutter contre un système scolaire à deux vitesses, avec d’un côté les lycées chics et de l’autre les lycées chocs, symbole de cette ségrégation scolaire. Et c’est ce dernier point qui n’a pas été réglé, ça demandait d’autres mesures notamment concernant les ZEP. Par contre le troisième volet de notre mouvement qui concerne les droits des lycéens, ça avait quand même pas mal fait bouger les choses mais c’est vrai qu’il reste des choses à faire. En termes de liberté d’expression des lycéens, les choses avaient bougé, mais la droite est revenue dessus dernièrement. On a vu dans les dernières mobilisations lycéennes que les proviseurs avaient des consignes du gouvernement pour interdire les lycéens de se réunir par exemple. Ça incite à une radicalisation qui, à mon avis, n’est pas bonne… comme les opérations de blocage des lycées qui risquent de diviser les lycéens entre ceux qui sont prêts à se mobiliser et ceux qui ne le veulent pas.

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Les désobéisseurs

Quel est votre point de vue sur le mouvement des désobéisseurs ?

Aurélie Filipeti : L’un des principes de ce mouvement, c’est une certaine autonomie dans la pédagogie d’enseignement. En effet, chacun devrait pourvoir choisir sa méthode en fonction de son public.

Jean Marc Ayrault : Je trouve cette engagement assez courageux, même si, je ne suis pas toujours d’accord avec eux. En tant qu’élu, je dois appliquer la loi. Mais, je ne peux ni contester, ni mépriser l’initiative citoyenne qui consiste à alerter sur des questions importantes par des formes de désobéissance civile.

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