A l’origine de la réussite et de l’échec au bac ?


Jeudi, 23 Janvier, 2014
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Les tableaux statistiques proposés par l’INSEE, affirment que 50,8% des enfants d’immigrés en provenance du Maghreb obtiennent leur bac contre 64,2% pour les enfants issus de famille non immigrée. Que disent et que cachent ces chiffres ?

A priori, lorsque l’on voit ces chiffres, on se dit qu’effectivement les enfants d’immigrés réussiraient moins bien. Or, pour interpréter un tableau statistique, il ne faut pas s’arrêter au simple document factuel qui n’a pas de sens absolu et le lire en ayant bien conscience des variables sociales sous-jacentes.

 

Ainsi, lorsque l’on se penche sur la question de manière plus rigoureuse, il faut d’abord noter qu’en moyenne, toute chose égale par ailleurs, les enfants d’immigrés sont originaires de couches sociales moins qualifiées, or pour les enfants d’origine non immigrée et dont la mère n’a aucun diplôme tombe déjà à 40% contre 90% pour les enfants dont la mère est diplômée de l’enseignement supérieur. A fortiori, on compare des données qui ne font pas partie du même ensemble de définition, et si vous aviez bien suivi vos cours de mathématiques au lycée, on ne peut comparer des données qui ne font pas partie du même ensemble de définition. Plus trivialement, trouvez-vous logique de comparer des stylos avec des crayons ?

 

Quel taux de réussite pour quelle classe sociale?

 

Qui plus est, lorsque l’on compare le taux de réussite au bac des enfants dont les parents ne sont pas qualifiés, qu’ils soient originaire du Maghreb ou de famille non immigrée, le taux de réussite est le même, à savoir 37%. Pour aller encore plus loin dans l’analyse, il faut construire des «modèles» afin de déterminer la probabilité de réussite pour des populations comparables : à catégorie sociale, niveau de diplôme des parents ou composition familiale équivalents, donc toutes choses égales par ailleurs.

 

On prend comme référence les enfants dont la famille est d’origine non-immigrée, et on observe ce qui se passe pour les autres enfants. Si le coefficient est supérieur à 0, alors, les enfants d’une catégorie donnée ont tendance à mieux réussir «toutes choses égales par ailleurs» que les enfants de parents non-immigrés.

 

C’est justement le cas : les enfants d’origine immigrée réussissent toujours mieux ! Les enfants d’origine maghrébine ou asiatique ont la probabilité la plus forte de réussite. On peut donc constater que dans l’ensemble, tous facteurs confondus, les enfants d’immigrés réussissent moins bien en apparence mais cela est simplement dû au fait qu’ils sont issus de milieux défavorisés, mais, à milieu équivalent, ils sont même plutôt meilleurs.

 

Pourquoi ?

 

Cela s’explique par le fait que les immigrés ont pour conviction une ascension sociale, ils ont donc une motivation réelle à avoir une meilleure condition que celle de leurs parents et comme le concluent les chercheurs ils se positionnent dans une position positive par rapport au système éducatif français.

 

Il n’y a donc pas de réelle motivation à ne pas ouvrir les frontières aux migrants sur le plan de leur difficulté à s’intégrer à la société française. La réalité est qu’ils rencontrent les mêmes problèmes d’intégration que les non immigrés issus des classes les moins favorisés, que ce soit en terme de maîtrise de la langue, de l’apprentissage en général puisque le fait est que l’école contribue à accentuer les inégalités et qu’elle a tendance à favoriser la réussite de ceux qui sont déjà issus des catégories sociales les plus favorisées. Voilà qui bat en brèche le discours de droite, où « les immigrés sont le problème, s’intègrent mal, sont tendanciellement déviants… » et les statistiques comme les cerveaux sont manipulés au service de l’idéologie xénophobe. Mais pourquoi faire peur ? Diriez-vous. La peur paralyse, empêche de réfléchir et empêche d’avancer. Alors, si on parlait des véritables causes des problèmes comme le chômage et le logement, et s’il nous faut mettre au cœur de notre projet social en France ou en Europe: l’Homme ou l’argent ?

 

Sophia Hocini

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