Des stages pour tous


Jeudi, 6 Mars, 2014
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Témoin privilégié des difficultés que rencontrent les lycéens professionnels à trouver des stages qualifiants, SOS Stage lutte contre la discrimination au quotidien au cours de permanences dynamiques et dynamisantes.

Prendra-t-on un jour la mesure de la formidable machine à insérer qu’est le dispositif SOS Stage ? Nous pouvons en parler avec d’autant plus de légitimité que nous avons été, pendant trois ans, au cœur des rouages de cet édifice tout en complexité, en connectivité, en réactivité et parfois aussi en réaction. Réaction contre les dysfonctionnements relationnels entre adolescents et adultes, entre personnel pédagogique et élèves, entre patrons et stagiaires.

 

SOS Stage, qu’est-ce que c’est ?

 

SOS Stage est une action associative initiée par la Fédération Nationale des Maisons des Potes qui a pour but d’aider les élèves des lycées professionnels à trouver des stages qualifiants. Une action de terrain qui rentre dans les lycées professionnels, qui va à la rencontre des jeunes en difficulté dans leur cursus scolaire, mais aussi à la rencontre de leurs professeurs, proviseurs, personnels encadrant. Témoin privilégié d’une réalité de plus en plus marquée par la crise et la conjoncture économique, mais surtout la frilosité, les aprioris quand ce ne sont pas les préjugés. Témoin surtout d’une attitude presque démissionnaire de l’Etat. On pourrait prendre l’exemple de cette loi sur les stages, récemment votée à l’Assemblée Nationale, censée mieux encadrer et mieux protéger les futurs stagiaires. Dans cette loi, pas une ligne spécifique sur les stagiaires issus des lycées professionnels, contrairement à ce que déclare la ministre Madame Fourneyron dans l’interview qu’elle nous a accordé en page… Rien ne leur garantit un meilleur accès aux stages alors que 22 semaines de stage sont obligatoires dans leur cursus pour que celui-ci soit validé. Rien ne leur assure non plus qu’ils auront accès à des stages qualifiants et pourtant la loi sur les enseignements en milieu professionnel stipule que les enseignants, sinon l’Education Nationale, doivent se porter garants de la bonne teneur de ces stages.

 

Sur le terrain qu’en est-il ? Des ados livrés à eux-mêmes, auxquels les profs répugnent souvent à ouvrir leurs carnets d’adresses, quand ils en ont un, de peur de placer un « mauvais élément » dans une « bonne entreprise » et de compromettre les futures relations avec celle-ci. Relations qui, de toute façon, n’existent pas, puisque les bons élèves pour lesquels ces adresses sont jalousement réservées n’en ont pas besoin et que les mauvais élèves n’y ont jamais accès.

 

Sur le terrain, les dynamiseurs de SOS Stage se retroussent les manches, rencontrent tous les interlocuteurs, élèves comme entreprises, chefs de travaux et patrons, et mettent tout ce petit monde en relation. Grâce notamment à un site internet qui permet le recrutement d’entreprises partenaires, solidaires, désireuses d’accompagnement. Mais aussi grâce à des permanences au sein des lycées. Permanences tenues par des « dynamiseurs ». Ni trop jeunes, ni trop vieux, les dynamiseurs « dynamisent » des élèves souvent en déroute, en but à l’échec à répétition. D’abord il faut écouter puis entendre, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Ensuite, il faut redonner confiance. Cela commence souvent par demander de se tenir droit, de regarder son interlocuteur dans les yeux. C’est tout bête, mais ça marche. Puis il faut savoir se présenter, présenter un bon CV, une lettre de motivation qui tient la route, sans faute d’orthographe. A ce petit jeu de la dynamisation, SOS Stage compte 100% de réussite dans ses statistiques. Pas un élève ne reste sur le carreau. Le plus souvent, il ressort boosté parce qu’il a rencontré des jeunes qui ont souvent connu le même parcours qui lui et qui ont réussi.

 

SOS Stage, à quoi ça sert ?

 

SOS Stage, ça sert à tout ça. A redonner confiance, à créer et recréer du lien, parfois même à redessiner un sourire. Et surtout à démontrer que tout le monde peut le faire, qu’il n’y a pas de mauvais éléments, il n’y a que des élèves découragés. Mais pas que… ! Tel qu’il est conçu, le dispositif SOS Stage est aussi une formidable machine de guerre contre les discriminations. Son rôle c’est de convaincre, non à coup de menace ni de récrimination, mais à force d’échanges.

 

Oui nous avons remarqué que des entrepreneurs étaient réticents à « embaucher » des stagiaires issus de lycées en ZUS (zone urbaine sensible). Que les stagiaires viennent de Villiers-le-Bel ou de Pavillons-sous-Bois, malgré la qualité des professeurs ou la bonne tenue des établissements, les réticences voire les mécanismes de défense se mettent souvent en place. A nous, coordinateurs de l’action de donner des armes aux élèves pour passer au travers, mais aussi aux établissements pour les repérer et les désamorcer. Un élève est souvent mieux accueilli lorsqu’il est accompagné de son professeur d’atelier ou son professeur principal. Une entreprise qui déclare ne pas vouloir prendre de stagiaires est souvent mise en face de ses contradictions lorsqu’il s’agit de lui faire comprendre qu’en refusant de former aujourd’hui, elle aura du mal à recruter demain.

 

Toutes ces petites convictions se travaillent au quotidien sur le terrain. Tous ces petits pas effectués jour après jour, semaine après semaine, demandent de l’énergie, de l’enthousiasme et une action d’une très grande qualité, chaque année à plus grande échelle. Aujourd’hui SOS Stage est implanté dans trois lycées professionnels dans la région parisienne. Mais des lycées de province nous appellent, des entrepreneurs des quatre coins de France se disent intéressés par notre action. Pour grandir nous avons besoin de force, de soutien et de reconnaissance.

 

La rédaction

 

 

Crédit photo : (c) Christine Chalier

Opération porte ouverte à Villiers-le-Bel

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