Suède : la politique d’intégration remise en cause


Samedi, 28 Septembre, 2013
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Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme en Suède dénoncent le discours xénophobe de l’extrême droite et maintiennent leur combat pour l’égalité.

 

 

À la fin du mois de décembre, le chef de file des sociaux-démocrates suédois, Stefan Löfven, a fait une sortie remarquée. Il a déclaré, dans la presse, qu’il estimait que l’arrivée massive, pour des raisons économiques, de ressortissants de pays non membres de l’Union européenne était une erreur. « Ce n’est pas ce type de mesure qui va régler la question de la lutte contre le chômage. Faire venir de la main d’œuvre étrangère bon marché sans penser à leur intégration n’est pas digne de la Suède. »

 

Cette prise de position stratégique est à lier à l’entrée au Parlement, il y a deux ans, des Démocrates de Suède (SD), parti d’extrême droite. Ce mouvement, qui a réalisé 5,7 % des suffrages en 2010, est aujourd’hui crédité de quelque 10 % d’opinions favorables.

 

Si les déclarations de Stefan Löfven étonnent fortement, cela s’explique par la tradition suédoise depuis l’après-seconde guerre mondiale. Selon Haleh Chahrokh, chercheuse sur l’Europe occidentale à Human Rights Watch, cette tradition a fait de la Suède le pays européen réputé être le plus ouvert à l’immigration. « La Suède a depuis la fin de la guerre une des politiques d’intégration des étrangers les plus ambitieuses si on la compare à celle des autres pays européens. Cela s’inscrit dans la logique suédoise de l’Etat providence. Le but du pays, c’est d’aboutir, à terme, à une égalité de statut entre les immigrés et les citoyens suédois. Le tout en permettant aux immigrés de conserver leur culture d’origine ». Cours de suédois intensifs, stages d’entreprise, regroupement familial très fréquents... La Suède pratique une politique volontariste pour que le nouveau venu parvienne à s’intégrer sur son territoire. Le pays est aussi un des très rares pays européens à permettre aux étrangers, depuis 1975, la participation à certains de ses scrutins électoraux nationaux.

 

Mais cette politique n’a pas empêché le développement d’une relégation sociale des immigrés. Kitimbwa Sabuni est le président d’Afrosvenskarnas riksförbund, une association qui lutte contre les discriminations à l’encontre des immigrants d’origine africaine résidant actuellement en Suède. Il estime que d’importantes différences de traitement existent entre les Suédois dits « autochtones » et les Suédois d’origine étrangère. « Actuellement, en Suède, la marginalisation économique et sociale est fortement liée à la couleur de votre peau. Plus vous avez la peau sombre, plus il sera difficile pour vous d’obtenir quelque chose. » Emploi, logement, éducation… Des Suédois d’origine étrangère sont régulièrement victimes de discrimination ethnique dans différents secteurs de la vie quotidienne.

 

Politique d’intégration à la suédoise

 

Pour Haleh Chahrokh, cela peut s’expliquer par un paradoxe dans la politique d’intégration suédoise. « Le pays a adopté le multiculturalisme mais, en même temps, il semble conserver une logique assimilationniste. Le pays refuse une trop grande diversité culturelle. Les politiques encouragent même parfois à l’alignement sur les valeurs suédoises. Face à ce paradoxe, des débordements ont lieu. Certains remettent en cause cette politique d’intégration du pays ».

 

Lors des élections législatives de septembre 2010, le débat sur l’intégration des immigrés a été porté par le les Démocrates de Suède. Le parti d’extrême-droite a centré sa campagne sur l’islamophobie et le lien supposé entre l’immigration et l’augmentation de la délinquance et des problèmes économiques. Cela dans un pays où 18% de la population est d’origine étrangère, d’après les données de l’institut suédois des statistiques. Malgré une rhétorique qui se veut prudente dans un pays marqué par 50 ans de social-démocratie, des scandales langagiers ont éclaté autour de ce parti. Lors de ce scrutin, un de ses slogans était ainsi: « l’immigration musulmane est le plus grand danger en Suède depuis Adolf Hitler! ». Leur clip de campagne, imaginant une course à l’argent de l’État entre une retraitée et des femmes en burqa, a également fait polémique.

 

Kitimbwa Sabuni dénonce une xénophobie grandissante de la part des hommes politiques suédois. Et pas uniquement dans les mouvements d’extrême-droite. « Les enfants d’immigrés n’acceptent plus certaines discriminations que pouvaient tolérer leurs parents. L’égalité de traitement et certaines des exigences de la population issue des minorités ethniques sont considérés par certains politiques comme révolutionnaires et menaçants. Personnellement, je pense que ces revendications sont le signe d’un développement positif et nécessaire. C’est une étape vers l’instauration d’une société où les droits et les possibilités de réussite ne seront plus définis par la couleur de votre peau. »

 

Après avoir travaillé avec des écoles pour apprendre aux enfants l’histoire de l’esclavage suédois, avec des groupes de femmes pour lutter contre les harcèlements sexuels liés à des stéréotypes, l’association travaille, en ce moment, sur l’intégration des immigrés handicapés dans la société suédoise. Mais pour Kitimbwa Sabuni, le

combat pour l’égalité des droits en Suède « est encore loin d’être gagné ».

 

 

Teddy Ambroise

 

 

Photo : Maniestation contre l'extrême droite à Stockholm ©AFP

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