"Les femmes aujourd'hui, en France, sont de véritables héroïnes"


Lundi, 17 Mai, 2010
Logo

 

Marie-Françoise Colombani est écrivaine et édi- torialiste pour « Elle » magazine. Entretien autour de la deuxième édition des « États Généraux de la Femme » qui, en 1970, ont abouti aux lois sur l’avortement et en 2010 sur un livre blanc remis au Premier ministre.


Yasmine Oudjebour : Vous organisiez déjà, il y a 40 ans, des États Généraux de la Femme, pourquoi avoir renouvelé l’expérience en 2010 ? 

Marie-Françoise Colombani : Au départ, on souhaitait simplement faire un sujet sur les acquis de ces quarante dernières années. Lorsque nous avons commencé à y travailler et notamment à faire des reportages en région, cette espèce de mal-être, constaté quarante ans auparavant, a ressurgi. Et là on s’est dit : « Il faut creuser ! ». C’est ainsi que nous avons décidé d’organiser ces États Généraux à travers des rencontres, dans sept villes de France, auxquelles ont participé des associations de terrain qui, chaque fois, étaient auditionnées sur un sujet précis. Avec elles, nous avons balayé tous les problèmes d’aujourd’hui, aussi bien la précarité, la violence que l’absence de représentation féminine en politique ou dans l’entreprise. On a donc fait un énorme constat qualitatif et, en parallèle, on a lancé un grand sondage quantitatif.


Bondy (93) faisait partie de ces villes, les problématiques des femmes des quartiers sont-elles différentes ? 

En réalité ce sont les mêmes mais elles sont cristallisées. A la différence des autres, victimes d’une double peine, travail/ maison, pour ces femmes, c’est d’une multiple peine dont il faut parler, à savoir travail, maison, transports, discriminations et tradition. En somme des problèmes à la fois conjoncturels, liés effectivement aux transports, et structurels en raison d’une composition de la famille et d’une organisation différente. Sans oublier ce poids horrible du quand-dira-t-on que l’on peut d’ailleurs retrouver dans n’importe quel village de Charente. Donc oui, l’émancipation des femmes des quartiers ne se fait pas de la même manière mais je veux préciser, et vous le savez, qu’on y trouve de sacrées nanas !

 

Vous vous êtes donc rendues dans sept villes, 25 associations ont été «auditionnées», quelles ont été les principales questions soulevées ? 

 Toutes sont unanimes sur la difficulté à concilier vie profession- nelle et vie familiale. On a donc beaucoup gagné mais, en même temps, beaucoup perdu en stress, en qualité de vie. Les femmes aujourd’hui, en France, sont de véritables héroïnes puisque notre spécificité est qu’on atteint à la fois le record du taux de natalité, pendant que celui de nos voisins européens chute, et le record de femmes actives. Concomitamment à ça, les tâches do- mestiques restent très majoritairement à la charge des femmes, sans compter la progression des foyers monoparentaux, dont en- viron plus de la moitié vivent en dessous du seuil de pauvreté, et c’est une véritable souffrance pour les femmes. Parallèlement, la misogynie du monde du travail qui nous oblige à instaurer un quota de 40% de femmes dans les Conseils d’Administration et qui, si on y réfléchit, est extrêmement vexant. Pourquoi 40 et non pas 50% ! Sans parler du monde politique qui, avec la réforme territoriale, risque de faire disparaître un nombre conséquent de femmes élues.

 

Raisons pour lesquelles, j’imagine, vous avez réalisé un livre blanc... 

 En effet. Face à cette unanimité sur un certain nombre de revendications, difficile de ne pas travailler à des propositions réunies dans ce livre blanc et destiné au gouvernement, aux entreprises et aux syndicats. On y retrouve, par exemple, la condamnation des réunions de travail à 17 heures qui, de fait, favorisent les hommes. En politique, c’est la revendication autour du retour à des scrutins favorables aux femmes. Au niveau du corps, il s’agit là, du rejet du diktat des magazines, de la pub et maintenant de la société sur le fait d’être jeune et belle. Dans le couple, c’est la dénonciation de la pression normative et au niveau de la transmission, c’est l’autonomie financière pour les filles en règle numéro un mais aussi la remise en cause des stéréotypes. Tout un programme...



Recueillis par Yasmine Oudjebour

Publier un nouveau commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.