Film : 10è chambre, instants d'audience


Jeudi, 18 Octobre, 2012
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Un film qui s'installe au cœur de système judiciaire en action. En 2003, le réalisateur Raymond Depardon a posé sa caméra à l'intérieur du prétoire pour capturer ces instants d'audience qui précèdent la justice. Prenant le parti de ne pas prendre parti, ce regard sans jugement devient implacable sur le fonctionnement de notre justice… et établit qu'un avocat qui n'a pas le temps de préparer le dossier devient un mauvais avocat.

La Présidente au policier à la barre : Vous voulez vous constituer partie civile. Qu’elle est votre demande ?

 

Le policier : J’avoue que je ne suis pas très au fait.

 

La Présidente : On ne peut pas vous donner un chiffre mais peut-être vous allez pouvoir vous rappeler de ce que certains de vos collègues ont obtenu dans des histoires d’outrage et de rébellion. Vous n’avez pas eu d’arrêt je crois ?!

 

Le policier : Un jour d’ITT.

 

La Présidente : Un jour d’ITT, c’est ça.

 

Le policier : Je sais pas... On va dire 500 €.

 

La Présidente : Vous faites une demande de 500 € pour votre préjudice personnel. Vous n’avez rien à ajouter ? Car après je ne vous donnerai plus la parole. Alors asseyez-vous.

 

L’avocat de la défense : Il vous dit « Moi j’ai toujours reconnu les faits et j’assume... Moi je vous dis (incompréhensible). Mais par contre, cette fois-ci, je ne peux pas reconnaître. Même si on me donne plus. Mais je ne vais pas reconnaître parce que je n’ai pas commis ces faits. Effectivement, ce jour-là, j’attendais ma femme qui devait venir de Belgique. » J’ai demandé à sa concubine, elle m’a dit oui. Bon, ça peut expliquer un peu... C’était à ces horaires-là, vers 22 heures je crois. 21h30. C’est le moment des faits. Donc en bref, je vous dirais, personnellement, dans cette affaire, il y a beaucoup de doutes. Beaucoup de doutes. Et c’est la raison pour laquelle je demande à retourner à un tribunal parce que Monsieur a déjà été en prison, il a fait de la prison. Il est dans une situation délicate. Il a failli... Il a deux tentatives de suicide. Grève de la faim. C’est très dangereux. On risque d’avoir quelque chose (incompréhensible). Personnellement, à la rigueur, relaxe pour doute, pour doute. (Incompréhensible). Je vous remercie.

 

La Présidente : Le tribunal, après en avoir délibéré, et par décision contradictoire, vous déclare coupable des faits qui vous sont reprochés. Nous avons considéré que l’ensemble des preuves était tout à fait suffisant pour entrer en voie de condamnation. En répression, vous êtes condamné à la peine de douze mois d’emprisonnement ferme. Le tribunal ordonne votre maintien en détention...

 

Le prévenu (l’interrompant) : C’est l’injustice, c’est l’injustice. C’est l’injustice ça.

 

La Présidente : Vous avez dix jours pour faire appel.

 

Le prévenu : Je sais, j’ai dix jours pour faire appel. Je connais... Vous me mettez un an pour un fait que je n’ai pas commis et vous me dites que j’ai dix jours pour faire appel. Franchement... J’espère que vous dormez bien. C’est tout ce que je peux vous dire. J’espère que vous dormez bien.

 

La Présidente : Ne vous faites pas de soucis...

 

Le prévenu : Quelqu’un qui vole et tout ça, vous le relaxez. Et moi j’ai rien fait. Rien fait.

 

La Présidente : Ne vous faites pas de soucis pour notre sommeil.

 

Le prévenu : Oh, j’ai rien fait Madame le juge. J’ai rien fait, croyez-moi, j’ai rien fait. Pour la première fois, vous venez de condamner un innocent, Madame le juge. Je vous le dis devant tout le monde, vous venez de condamner un innocent. Pour un an, en plus un an. Pourquoi ? Pourquoi ?

 

La Présidente : Je n’ai pas fini. Le tribunal prononce une interdiction du territoire français pendant dix ans et alloue à la partie civile une somme de 500 €.

 

Le prévenu : En plus, 500 € ?

 

 

Affaire suivante.

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