Algérie : L’art du possible


Lundi, 14 Février, 2011
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Grèves dans les usines, des journalistes qui revendiquent plus de liberté, des étudiants et lycéens en mouvement qui s’organisent en coordinations. Quelques semaines plus tard, sur provocations, des émeutes éclatent dans le mythique quartier populaire d’Alger, Bâb El Oued et s’étendent rapidement au reste du pays.


Ces dernières durent plusieurs jours et voient s’affronter jeunes et forces anti-émeutes, l’état de siège est décrété, l’armée sort des casernes et prend position à plusieurs endroits de la capitale. La répression est féroce, des centaines de morts, la torture est monnaie courante dans les commissariats officiels et non officiels.   

Après plusieurs jours d’un assourdissant silence de la part du pouvoir visible, la présidence, des réformes politiques sont promises qui verront le jour quelques mois plus tard.

Cela se passait en Algérie en ……..1988, avant le mouvement des étudiants Chinois de la place Tien An Men de Mai/Juin 89 et la chute du mur de Berlin à la fin de cette même année.

Suite à l’arrêt du processus électoral et démocratique en 1992, nous avons connu une guerre civile qui a fait 200 000 morts et des milliers de disparitions, deux mandats et demi pour un chef d’Etat régnant par le mépris et le bâton avec le nécessaire soutien des parrains de l’armée et des services de renseignements (le DRS). Toujours sous le regard ,le silence et même le soutien de la communauté internationale, au nom du sacro-saint argument de la lutte contre le terrorisme, qui n’est rien d’autre que la lutte contre la liberté.

Plus de vingt ans plus tard, à la faveur des luttes, insurrections et révolutions intervenues en Tunisie et en Egypte, des voix venues du Nord, se mettent à imaginer, créer des révolutions un peu partout où il y a un accès à internet en Afrique du Nord et dans le Monde Arabe. Aucune société ne peut sortir indemne de deux décennies telles que celles vécues par les Algériens ces vingt dernières années. La répression de l’opposition politique, syndicale et associative, les privations des libertés, la création et l’entretien de partis godillots dispatchés entre soutien au pouvoir et pseudo-opposants démocrates et autres, une presse supposée libre, une gangrène nationale nommée corruption. Bien sûr, le tout sous le regard et le silence de qui …… ?!.

C’est pour ces quelques raisons au moins que la « contagion » tunisienne et égyptienne, nécessaire, légitime, de changement de régime, ne peut intervenir en tout cas de manière pacifique dans l’immédiat en Algérie. Une société fatiguée de violences, d’où qu’elles viennent, un pouvoir qui justement l’utilise et l’instrumentalise, une société qui aspire au changement, oui, mais par des voies pacifiques.

Emeutes au quotidien à travers le pays , grèves dans le monde du travail, dans les universités, tentatives de marches de citoyens, sit-in à revendications multiples et retour de meetings populaires dans la capitale . Un pouvoir qui peine à se faire entendre, essayant de calmer cette rage par de multiples replâtrages économiques et sociaux tout en restant muet sur les réformes politiques de démocratisation revendiquées par tous.

Partis autonomes, syndicats autonomes, associations autonomes, collectifs autonomes, qui luttent et résistent depuis des années, loin des cameras et des simples coups médiatiques de ces premières semaines de 2011, ont en charge de se construire, de se renforcer, de convaincre, de donner un prolongement politique et organisationnel aux revendications démocratiques et sociales qui transpirent par tous les pores la société. Ce travail est de l’ordre du possible. Il a déjà commencé.

 

Hakim Addad

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