Grèce : les migrants entre le marteau et l’enclume


Samedi, 14 Septembre, 2013
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Dans la Grèce de l’austérité, les sans-papiers se retrouvent pris en tenaille entre des politiques migratoires européennes répressives et un contexte local hostile aux nouveaux arrivants.


Alors que la Grèce s’enfonce dans la crise et que les perspectives d’y vivre décemment s’éloignent de jour en jour, le flux d’immigrés ne tarit pas et vient grossir les rangs de précaires. Si le nombre élevé d’immigrés légaux et illégaux – estimés respectivement à 800 000 et 400 000 en 2011, bien que les estimations varient – peut interpeller dans un pays en crise, il doit être nuancé par le fait que très peu ont choisi de s’établir en Grèce. En 2011, la majorité des entrées en Europe se font par la Grèce.

 

C’est par la Turquie, où les visas sont substantiellement moins chers et plus facilement obtenus qu’au sein de l’Union que ces groupes dans lesquels se côtoient réfugiés politiques et économiques entament leur périlleuse tentative de pénétrer l’« Europe forteresse ». Une fois parvenus sur le territoire hellénique au péril de leur vie, les migrants sont généralement arrêtés par la police, pris en flagrant délit ou dénoncés par les riverains. Ils sont ensuite détenus dans des conditions très précaires dans les camps prévus à cet effet. Le manque d’encadrement, l’incertitude – ils ne disposent d’aucune information quant à leurs droits et aux raisons de leur internement –, la mauvaise hygiène, la malnutrition et la promiscuité de ces cellules où se côtoient hommes, femmes et enfants, sont tels qu’il est souvent difficile de conserver son équilibre mental. Faute de moyens, les migrants sont la plupart du temps relâchés après une période de détention qui varie de quelques jours à quelques mois. Ils reçoivent un document les enjoignant de quitter le territoire dans le mois, qui leur permet d’ici là de voyager sans être arrêtés. Ils sont cependant rapidement confrontés à la dureté des politiques migratoires européennes.

 

Incohérence européenne

 

La situation est en outre aggravée par l’attitude inconséquente de l’Union Européenne et des Etats-membres de l’espace Schengen. En vertu des accords Dublin II signés en février 2003, tout immigré clandestin appréhendé dans un pays de l’Union sera transféré dans le premier Etat dans lequel il aura été enregistré, et ce grâce à la base de données Eurodac qui contient les informations biométriques des personnes appréhendés aux portes de l’Europe ou ayant effectué une demande d’asile. Ce mécanisme, qui vise à empêcher les candidats de présenter des demandes dans plusieurs Etats-membres, revient en réalité à les expulser vers les pays du Sud de l’Europe, laissant à ces derniers le soin de gérer la question en toute discrétion. Dans le cas de la Grèce, où sont enregistrés la plupart des nouveaux arrivants, ce renvoi pose d’évidents problèmes.

 

A l’exception notable de la Suède, les Etats membres de l’espace Schengen continuent les expulsions vers la Grèce, faisant ainsi bien peu de cas des considérations humanitaires dès lors qu’il s’agit de juguler les flux migratoires. Bien que de récentes décisions de la cour de justice de l’Union Européenne (CJUE) et de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) aient provisoirement conduit certains Etats membres à suspendre les expulsions vers la Grèce, ceux-ci continuent à mettre la pression sur la république hellénique pour qu’elle renforce ses contrôles.

 

Grégory Mauzé

animateur de l’Association Culturelle

Joseph Jacquemotte (ACJJ)

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