Cauchemar grec pour les sans papiers mineurs


Lundi, 16 Septembre, 2013
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Parmi les migrants retenus contre leur volonté dans une Grèce devenue la zone tampon de l’Europe forteresse, une catégorie se révèle particulièrement précaire : celle des enfants non accompagnés.


Ce pays qui ne devait être qu’un point de passage vers l’eldorado européen est devenu pour beaucoup une prison à ciel ouvert. Si peu partagent la langue ou le pays d’origine, tous ont en commun d’être venus sans parents, souvent dans l’idée de rejoindre des proches en Europe. Arrêtés par la police après une périlleuse traversée de la frontière gréco-turque, les migrants mineurs isolés sont ensuite relâchés – la loi grecque interdisant les expulsions de mineurs non accompagnés de leur famille – ou envoyés dans des structures d’accueil.

 

« Beaucoup ne comprennent pas qu’ils se trouvent dans une situation qui les oblige à grandir plus vite », souligne le secrétaire d’un foyer. Pour pallier l’insuffisance de moyens, les adolescents qui le désirent sont donc encouragés à chercher du travail, ce qui n’est pas sans poser problème dans la mesure où beaucoup sont encore en âge d’être scolarisés. L’accès aux formations professionnalisantes leur étant interdit, ils sont souvent condamnés à des petits boulots ingrats.

 

En dépit des problèmes rencontrés, les enfants placés sont conscients de faire figure de privilégiés. Ils se savent bien mieux lotis que leurs compagnons d’infortune qui n’ont pas été enregistrés, et qui errent en Grèce sans existence légale, et donc sans droit ni protection juridique.

 

Migrants ou enfants ?

 

Bien que le droit international et communautaire prône dans l’application des politiques nationales une prise en compte de l’ « intérêt supérieur de l’enfant » (qui implique que le statut d’enfant prime sur celui de clandestin) , celui-ci n’est pas toujours respecté avec rigueur. Lors de leur arrivée en Grèce, les enfants sont détenus dans les mêmes pièces surpeuplées que les adultes, et se retrouvent parfois séparés de leur famille.

 

L’Etat grec déploie par ailleurs d’intenses efforts pour ne reconnaître le statut de mineur non accompagné qu’au compte-goutte, quitte à travestir la réalité. Loin de constituer un cas isolé, l’attribution fausse d’un « cousin » à un mineur non accompagné en vue de permettre son expulsion semble monnaie courante, de même que leur enregistrement en tant qu’adultes.

 

Des directives européennes garantissant l’accès des mineurs au droit d’asile ont été édictées en 2003, 2004 et 2005 , mais elles ont été largement ignorées par certains Etats-membres, dont la Grèce, qui ne dispose toujours pas à ce jour de procédure d’asile spécifique aux mineurs. Au final, très peu de mineurs non accompagnés entament ces démarches.

 

Quelles solutions durables ?

 

En vue de mettre fin à cette situation, la Commission Européenne a mis en place en 2010 un plan d’action quinquennal pour les migrants non accompagnés.

Organisé autour du triptyque « prévention-protection-solution durable », ce plan vise à harmoniser les politiques européennes et à les faire converger vers une pratique qui fait prévaloir « l’intérêt supérieur de l’enfant, indépendamment de son statut de migrant ».

 

Néanmoins toute solution durable devra passer par une révision profonde des politiques d’asile à l’échelle européenne. En attendant ces réformes aussi indispensables qu’improbables, le principe de l’intérêt supérieur de l’enfant reste largement théorique en Grèce.

 

Grégory Mauzé

animateur de l’Association Culturelle

Joseph Jacquemotte (ACJJ)

 

 

Illustration : Pierre Beaupère

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