Interview : Jean-Pierre Obin, « A l’école, moins de mixité sociale, c’est moins de performance »


Lundi, 17 Août, 2009
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Jean-Pierre Obin, ex-inspecteur général de l’Education Nationale, auteur d’un Que sais-je ? sur le sujet, évoque les effets des assouplissements successifs de la carte scolaire sur la mixité sociale à l’école.

 

Pote à Pote : Quelles sont les grandes lignes des dernières modifications de la carte scolaire ?

Jean-Pierre Obin : En 2008, pour les entrées au collège et au lycée, les motifs de demandes de dérogation n’étaient même plus examinés : l’inspection académique disait oui à toute demande de dérogation si le collège ou lycée voulu avait de la place. Et si l’établissement est très demandé, la priorité est donnée aux enfants handicapés, à ceux qui ont un problème de santé, et aux boursiers.

 

Quels sont les effets des récentes modifications ?

Entre 2007 et 2008, 17% de familles supplémentaires, avaient déposé une demande de dérogation. Mais nous n’avons pas de chiffre officiel quant aux effets de l’assouplissement de la mixité sociale. Dans le rapport que j’ai coréalisé en 2008 - et qui n’a pas été publié - je préconisais d’ailleurs la mise en place d’un indicateur de mixité sociale.

 

Justement, quelles sont les conséquences sur la mixité sociale ?

Le nombre de dérogations accordées, aux boursiers en collège, s’est accru de 33% en 2008 pour un taux de satisfaction de 92%. L’effet paradoxal, c’est que d’un côté les collèges défavorisés perdent des élèves, et en particulier leurs meilleurs élèves. De l’autre côté, des lycées privilégiés accueillent des boursiers. 

 

Quels liens peut-on voir entre l’assouplissement de la carte scolaire, mixité sociale et performance du système éducatif ?

D’une manière générale, on peut dire que plus il y a une grande liberté de choix, moins il y a de mixité sociale… et moins l’école est performante. Si la France est de moins en moins performante en matière scolaire, c’est que la discrimination sociale s’accroît chaque année à l’école.  En Belgique et en Finlande, par exemple, où  le choix d’affectation des élèves est laissé à la totale liberté de choix des familles, les systèmes éducatifs sont les moins performants.

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