Horaires décalées, vies sociales déstructurées… Tout ça au nom de la flexibilité !
Quel est votre statut ?
Philippe : Je suis agent d’accueil intérimaire depuis 1 an à l’aéroport d’Orly. C’est étrange, la société aurait pu m’embaucher définitivement depuis le temps mais je cumule les contrats d’intérimaire pour le même poste. Il m’en fallait plus pour le bien de ma famille.
Alors
qu’avez-vous fait
Philippe : Je suis père de famille, ma femme travaille en semaine ou le week-end. On fait souvent garder notre fille mais c’est le cercle vicieux : dépense supplémentaire = plus d’argent = vie morcelée. Par « chance », l’agence m’a proposé de prendre un autre poste sur le même site. Le matin, je suis agent d’accueil et l’après-midi, manipulateur de « passerelle » (le couloir mobile qui permet de monter dans les avions).
Qu’est ce que ça a changé dans vos conditions de travail ?
Plus d’heures, un peu plus d’argent mais je suis contraint de faire les mêmes horaires 3 jours de suite. Le 4ème jour, on me propose parfois de faire trois autres journées qui commencent l’après-midi. Mon corps n’a même pas le temps de s’adapter. Côté sous, il y a de l’injustice parce qu’à activité égale, je gagne moins que les permanents. Les contrats d’intérimaires sont si bien ficelés que nous n’avons pas droit à leurs primes !
Quelle est la journée type ?
Pour être au travail à 5h30, je me lève à 4h15. Je finis souvent à 15h et le temps de rentrer il est 16h. Je suis si décalé que je suis coupé du monde. Il y a des jours où je ne vois ni ma femme, ni ma fille !
Vous cumulez précarité et flexibilité horaire mais comment analysez-vous la situation des permanents ?
La situation des bagagistes m’a toujours marqué. Ils souffrent de faire tous les horaires. Leur corps est complètement tordu, les plus vieux cumulent les ennuis de santé, type scolioses, et crainte de ne plus avoir de boulot. Le pire c’est qu’ils sont souvent alcooliques. Je n’en croyais pas mes yeux puis j’ai compris qu’ils boivent pour ne pas souffrir du froid !
Quelle serait la solution ?
Une embauche ferme, un salaire décent et des horaires fixes.
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Complément d’infos :
30% des salariés ont des troubles du sommeil en 2005.
Les accidents industriels graves, comme Tchernobyl, Bhopal ont eu lieu la nuit.
De 20 à 50% des travailleurs de nuit cesseraient leur activité professionnelle nocturne en raison de problème de santé.
Les conséquences des horaires décaléss sont : déstructuration des repas, sentiment d’isolement, perturbations psychologiques, trouble du sommeil.
(Source : Centre du sommeil et de la vigilance de l’Hôtel Dieu).
Le secours catholique signalait en 2005 que sur 698 500 situations de pauvreté accompagnées 2/3 ont des contrats atypiques (interim, saisonnier, temps partiel).
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