Education : poids économique ou devoir envers les futures générations ?


Lundi, 4 Novembre, 2013
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Si les argumentaires politiques pointent souvent que l’éducation est l’un des premiers budgets, couteux, allant parfois jusqu’à la comparer à un « mammouth », certains ont encore en tête le vieux dicton de Jules Simon : « Le peuple qui a les meilleures écoles est le premier peuple. S’il ne l’est pas aujourd’hui, il le sera demain »

 

En France, depuis les années 80, l’école républicaine pour tous, gratuite, laïque et obligatoire, fait l’objet d’un zonage précisant les établissements dits “prioritaires”. Ces écoles n’en ont que le nom puisque, comme le démontrent les rapports successifs de la Cour des comptes et celui de Thomas Piketty et Matthieu Valdenaire, chercheurs à l’EHESS, ces établissements comptent en moyenne 30 % de financement en moins (personnels surtout) que les établissements de centre-ville.

 

Il est question dans notre pays depuis des années d’inciter les professeurs expérimentés à s’y rendre, de débloquer des fonds supplémentaires, de diminuer le nombre d’élèves par classe… Des annonces qui sont restées sans effets. Quelles leçons peut-on tirer de nos voisins européens ? Deux grandes orientations se distinguent.

 

Chez nos voisins britanniques tout d’abord, qui sont aussi un pays de grandes disparités territoriales (quartiers pauvres, quartiers d’immigration). Les gouvernements successifs ont joué la carte de l’autonomie des établissements, poussant ceux-ci à trouver dans des fonds privés les moyens de subsister ou d’accroitre les performances et capacités. Les écoles dites « à problème » font l’objet d’une grande surveillance, et, si elles ne satisfont pas les objectifs, subissent un changement radical en termes de personnel et de matériels.

 

Depuis l’arrivée au pouvoir de la coalition libérale et conservatrice dirigée par David Cameron, a été lancé le programme « Academies » visant à forcer les écoles à se mettre sous la protection de groupements religieux, caritatifs ou d’entreprises. Des syndicats se mettent alors à contester une politique qui rend les plus pauvres livrés à eux-mêmes. C’est ainsi que le National Union of Teachers (NUT) et la National Association of Schoolmasters Union of Women Teachers (NASUWT) ont déploré le fait que le Secrétaire d’Etat à l’Education, Michael Gove, comptait faire reprendre les écoles par des sponsors externes et les détacher des communautés scolaires et des autorités locales.

 

Si ce modèle de conception très libérale pourrait faire croire que la France n’est pas si mal lotie, il n’en est effectivement pas le cas, puisque les pays nordiques sont à la pointe de la lutte contre l’échec scolaire, et notre république ferait bien de s’en inspirer.

 

Le modèle suédois d’éducation est un système commun sans filières, où la gratuité est très large (Frais d’inscriptions, matériels et fournitures scolaires, restauration, suivi médical…) Ici, pas de faux semblants : l’échec scolaire est réputé venir de la ségrégation résidentielle et ethnique (Rapport du Ministère de l’Éducation Nationale « Concertation sur la refondation de l’école de la République » de septembre 2012) ! Ainsi, l’école tente de renverser ces ségrégations en accordant une attention toute particulière à chaque élève (12 élèves par classe, 2 enseignants !) et en ajoutant des heures d’apprentissage de la langue suédoise ainsi que du soutien dans les langues d’origine des élèves pour les matières fondamentales (!).

 

Le petit avantage du système suédois réside aussi dans « les écoles des idées ». Ces établissements bénéficient de ressources spécifiques supplémentaires, afin de développer des formations à destination des personnels d’autres écoles (travail sur le langage et la communication, relations entre les élèves, entre les personnels et parents), pour mettre en lumière leurs actions, notamment contre l’échec scolaire…

 

Julien Vanhée


Crédit photo : ©Apple

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