Ikea sauve ses meubles... en vain


Mercredi, 25 Décembre, 2013
Logo

 

En  janvier 1999, un fax anonyme provenant d’un employé d’IKEA était envoyé à SOS Racisme et le MRAP. Celui-ci contenait la copie d’un mail que Madame Malmquist, chargée de la campagne de diffusion des catalogues IKEA, a transmis en avril 1998 aux différents directeurs des ressources humaines. Elle y définissait un profil de recrutement exclusif : « Pas de personnes de couleurs. »

 

« C’est malheureux à dire » explique-t-elle « mais on leur ouvre moins facilement la porte ». Dès lors, les organisations antiracistes décident de saisir le procureur de la République de Versailles qui ouvre alors une enquête.

 

Dès le début de cette affaire, Samuel Thomas a comme un mauvais pressentiment. « Je suis sûr qu’en faisant des recherches approfondies, je découvrirais l’ampleur de la discrimination » dit-il. Plusieurs  éléments accablants vont effectivement étayer son intuition et illustrer la politique raciste et xénophobe de la société. En premier lieu, on apprend que le fondateur de l’entreprise était un ancien membre des WAFFEN-SS,  l’une des milices d’Hitler.

 

En second lieu, après des multiples recherches  on s’aperçoit qu’aucune «personne de couleur » ne figure  sur les catalogues de l’entreprise jusqu’en 1999. Cela résulte de la politique de recrutement au faciès de la direction de l’entreprise. En effet, les avocats de la partie civile possèdent des témoignages de salariés de l’antenne de Saint-Priest dénonçant les critères particuliers qui régissaient la gestion du personnel : le directeur des ressources humaines, nommé dans les années 1990, évoquait la nécessité de « blanchir le personnel ». Ces propos sont corroborés par des statistiques significatives : en 20 ans, on est passé de 28% à 5% de salariés au nom à consonance maghrébine.

 

Lors du procès, ces éléments sont versés au dossier par Me Francis Terquem, avocat de SOS Racisme, afin de démontrer que le mail de la responsable des catalogues n’était pas un cas isolé mais une manifestation de la politique de l’entreprise.

 

Toutefois, le procureur de la République refuse d’élargir les poursuites : Madame Malmquist écopera d’une mise à pied de cinq jours et d’une lourde amende après avoir pris sur elle qu’il s’agissait d’un conseil personnel adressé aux recruteurs et non d’un ordre de l’entreprise. IKEA sera condamnée civilement à des dommages et intérêts par le TGI de Versailles le 2 avril 2001.

 

Brian Mooroogen

Publier un nouveau commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.