Les toiles d'araignées de l'ascenseur social


Lundi, 17 Août, 2009
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II existe peu de données quantitatives permettant de mesurer l'ampleur des discriminations, liées à l’origine, dans les entreprises. Mais saviez-vous que les discriminations au travail constituent 30% des réclamations adressées à la Halde (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et l’Egalité) ?

 

La majorité des plaintes déposées auprès de cette institution, dirigée par l'ex-patron de Renault, concernent tout autant le licenciement, la rémunération, la formation, le reclassement, l'affectation, la qualification, la classification, la promotion professionnelle, la mutation ou encore le renouvellement de contrat.

L'année dernière, l'Usine Bosh de Vénissieux, a tristement illustré l'un de ces cas de figure. L'équipementier s'est retrouvé à comparaître devant les Prud'hommes de Lyon pour discrimination raciale et sexiste. Mohamed Brahmi, ex-délégué CGT à l'initiative de l'affaire, précise que "ce sont des gens originaires des DOM-TOM, d’Afrique ou d’Asie, qui pendant vingt ans n’ont eu aucune promotion, ni augmentation de salaire...". Cet ex-syndicaliste rappelle qu'il s’agit bien de procédures longues et fastidieuses "nous avons déposé 27 plaintes pour discrimination raciale dans le déroulement de carrière et trois plaintes pour discrimination sexiste (...) pour des faits qui se sont déroulés de 1966 à 1986." 

Mohamed Brahmi confie qu'il a lui-même été victime de discrimination "Moi, j’ai 44 ans et ça faisait vingt-quatre ans que j'étais entré dans l’entreprise, où je travaillais sur des machines qui fabriquent des petits pistons pour Wolkswagen. Je suis entré en tant que P1, et 24 ans plus tard, je suis resté P1, c’est-à-dire ouvrier professionnel première catégorie. Avec un salaire de 1 400 euros net par mois. Alors que certains étaient entrés chez Bosch en même temps que moi, parfois avec des diplômes inférieurs, et pourtant ils ont évolué plus rapidement que moi. En plus, j'ai subi une double discrimination : raciale mais aussi syndicale." Si l'affaire Bosh a fait scandale dans la région lyonnaise, Renault ou encore les sociétés l'Oréal, Adecco et consort ont également été mis sur le banc des accusés pour discrimination. 

Selon des témoignages de personnes en formation, dans la société de BTP EIFFAGE, les formations seraient réservées aux plus diplômés, laissant sur le carreau le reste du personnel, qui ont pourtant les compétences requises. Dans cette même société, les progressions de postes bénéficieraient plus à certains travailleurs, issus de la communauté européenne, qu'aux travailleurs issus des pays africains et autres....

Même si l'on sait que le pays de "l'égalité, liberté, fraternité" ne peut être parfait, il n'en est pas moins affligeant de constater que ce qui existe, au bas de l'échelle professionnelle, se retrouve également chez les cadres. Quelques études menées, au sein des entreprises, ont montré que les cadres d'origine étrangère sont plus souvent en contrat précaire et accèdent moins souvent à la promotion. Alors qu'on sait déjà qu'un jeune diplômé sur deux « issu de l'immigration » se retrouve «déclassé » sur un poste d'exécution, contre un sur cinq pour la moyenne nationale. Pire ! Les femmes cadres, issues de l'immigration, cumulent elles aussi les discriminations liées à leur sexe...

Une étude de l'INSEE précise qu'une inégalité de traitement est faite particulièrement en défaveur des cadres issus de l'immigration maghrébine et africaine.

 Au regard de ce qu'il se passe en termes de discrimination et sans parler de racisme, il est légitime de se poser la question suivante : Quelle idéologie économique amène ces entreprises à mutiler la carrière de certains ouvriers immigrés ou français "issus de l'immigration" et de ne pas composer leurs équipes de cadres français "basanés" ?

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