Cap d’Agde : le racisme mis à nu


Lundi, 20 Janvier, 2014
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En mars 2001, répondant à une demande de réservation dans le Camping les chênes, Jean-Christophe Collin, propriétaire du camping, écrivait : « contrairement à la majorité de nos collègues nous continuons à accepter des groupes de jeunes, mais pas de « groupe composé de plus de 50% d’enfant de couleur afin d’éviter les clans. » En août 2003, le vice-président de SOS Racisme était alerté par un salarié travaillant dans le secteur de la location d’appartements et de chambres d’hôtels pour touristes que des discriminations étaient commanditées aux personnes chargées de réceptionner les appels des vacanciers ou de les accueillir à l’agence immobilière dans la commune du Cap d’Agde.

Sur ordre d'agences immobilières et d’hôtels, la responsable de la centrale de réservation de l’office du tourisme du Cap d’Agde donnait à ses employés une liste de 8 agences de la ville refusant catégoriquement de prendre les réservations des touristes aux « noms à consonance maghrébine ». Ces personnes sont alors dirigées vers d’autres agences immobilières « moins exigeantes ». De telles orientations contribuent à une discrimination en termes d’habitat et d’occupation de l’espace touristique balnéaire consistant en une impossibilité pour elles de bénéficier de l’intégralité de l’offre de location.

 

Par un procédé de testing téléphonique organisé avec l’aide des journalistes de France 3 et Libération, la Maison des Potes de Narbonne a apporté la preuve de cette discrimination raciale commise par les hôtels et agents immobiliers du Cap d’Agde. En effet les réponses apportées aux différentes personnes varient totalement selon le nom ou l’accent de l’intéressé.

 

En conséquence, le vice-président de SOS Racisme a décidé avec Me Traynard, de saisir le Procureur de la République d’une plainte relative à ces faits de discrimination raciale commis par les professionnels de l’immobilier de la commune et par le personnel de l’office du tourisme. Ce système de filtre racial fut confirmé directement par les salariés de l’office du tourisme de la municipalité qui ne semblaient pas se poser de questions sur de tels agissements. L’ensemble de ces faits a également été reconnu par les principaux intéressés lors d’auditions dans les locaux des services de police. Ainsi, il existait une sélection des clients sur des critères discriminants pénalement et réprimée par les articles 225-1 et 225-2 du Code Pénal.

 

Le 14 avril 2006, l’office du tourisme du Cap d’Agde était condamné par le TGI de Béziers à 20 000 € d’amende et sa directrice à 15 jours de prison avec sursis et 1500 € de dommages et intérêts à verser à SOS Racisme.

 

Finalement, le 12 décembre 2006, la Cour d’appel de Montpellier a diminué la condamnation de la directrice de l’office de tourisme à 1000 € d’amende et 1000 € de dommages et intérêts à verser à SOS Racisme et a relaxé l’établissement public, prétextant que le Conseil d’Administration, composé des agents immobiliers - dont les commanditaires de ces demandes - n’avait pas donné formellement son aval à la directrice.

 

Pour Me Philippe Girard, avocat de la Maison des Potes, « l’enjeu était d’obtenir la condamnation des 8 agences commanditaires de cette discrimination. Mais le juge d’instruction saisi à Béziers a considéré l’affaire close pour épargner du travail à la justice.

 

Patrick D.

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