Les nouvelles féministes : Que veulent-elles ? Qui sont-elles ?


Lundi, 17 Mai, 2010
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Il y a 100 ans. Copenhague. Les socialistes du monde entier sont réunis pour la deuxième conférence de l’internationale socialiste. Clara Zetkin, représentante du parti socialiste d’Allemagne et féministe très engagée fait adopter l’idée d’une journée internationale des droits des femmes dont la date est fixée au 8 mars.


Il y a 40 ans

Le 26 août 1970, une dizaine de femmes dépose sous l’Arc de triomphe à Paris une gerbe de fleurs dédiée à la femme du soldat inconnu. Sur la banderole on pouvait lire : «Il y a plus inconnu que le soldat inconnu, sa femme». Le Mouvement de libération des femmes était né. Tous les 15 jours, des femmes se retrouvaient aux Beaux Arts de Paris pour discuter de leurs conditions de vie, des formes de leur oppression et des moyens de lutte. Ces revendications trouvèrent un écho dans le magazine « ELLE » qui organisa, dans la foulée, les premiers états généraux de la femme.

 

40 ans plus tard

« ELLE » réédite l’expérience et publie 24 propositions concrètes qui sont autant de mots d’ordre pour les femmes de 2010. Entre ces deux dates, que de victoires en faveur de notre autonomie et de notre liberté. La contraception, l’IVG, l’égalité salariale, la parité ont été conquises de haute lutte et sont les fruits du mouvement féministe et de ses héroïnes connues et anonymes.

 

Il reste tant à faire

Il existe aujourd’hui des instruments juridiques et législatifs qui font de nous les égales des hommes... du moins en théorie. Car en pratique, les inégalités salariales restent criantes. Nous occupons 80% des emplois à temps partiel et précaires et nous continuons d’assumer l’essentiel des tâches domestiques. Certes, nous pouvons désormais choisir. D’avoir ou pas des enfants, de faire des études, de travailler, de vivre seule ou à deux. Mais il nous faut en payer le prix et courir entre le travail, la famille, les enfants et le reste. Concilier, voilà le maître mot ; il a remplacé nos espoirs d’égalité. Et que dire des violences ? Alors qu’en 2010 la lutte contre les violences faites aux femmes a été déclarée grande cause nationale, tous les trois jours, une femme continue de mourir sous les coups de son conjoint. De nouveaux défis sont apparus : la montée des intégrismes religieux, des communautarismes, la ghettoïsation des quartiers, la précarité sont autant de menaces qui pèsent sur nos droits et de combats qu’il nous faudra livrer.

 

Nous ne sommes pas nées féministes

Jeunes femmes des quartiers, étudiantes, salariées, mères de familles ; comme la plupart des militantes, nous sommes devenues féministes par nécessité. Que celle d’entre nous qui n’a jamais été insultée, agressée, harcelée dans la rue, au travail ou chez elle se fasse connaître ! Elle est assurément un spécimen rare. Pour autant, nous ne voulons pas être de simples victimes et c’est en affirmant nos droits et en combattant l’oppression que nous relevons la tête.


Nous sommes en colère 

 Contre celles et ceux qui savent ce qui est bon pour nous, qui prétendent qu’il est normal que les femmes soient moins rémunérées que les hommes, qui veulent nous faire laver les couches de nos enfants, qui justifient que l’on s’enferme dans des prisons de tissus noir.

 

Nous sommes laïques

Parce que nous pensons que la liberté de conscience est précieuse et respectable mais que les croyances religieuses doivent rester une affaire privée. Cette séparation fondamentale reste pour nous la meilleure des réponses aux intégristes de toutes les religions.

 

Nous sommes solidaires

De toutes celles qui souffrent de vouloir être libres. Partout dans le monde, des femmes luttent, chaque jour, pour leurs droits. Nous voulons être à leurs côtés ; ce qui implique que nous soyons cohérentes. Le niqab et la burqa ne portent pas seulement atteinte à la dignité des Afghanes et des wahhabites ; il est partout un symbole d’oppression, y compris en France.


NOUS SOMMES PRAGMATIQUES.

Nous ne prétendons pas, comme certaines, que les femmes ont le pouvoir d’atténuer la brutalité des comportements masculins ou de moraliser la vie politique et économique. Nous ne voulons que ce qui nous est dû : l’égalité, ni plus ni moins. Nous sommes sans illusions et nous n’attendons pas tout de l’État. Nous savons que c’est sur notre mobilisation et sur notre vigilance que reposent en partie les victoires à venir.

 

MAIS NOUS SOMMES IMPATIENTES.

Nous ne nous contenterons pas de vagues promesses et de déclarations de principe. La question sociale reste fondamentale : dans les quartiers comme dans les entreprises ou à la maison, notre condition ne peut s’améliorer sans que la précarité et la violence ne reculent.


Hélène Orain

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