Les Uteq : Rustine ou solution ?


Lundi, 16 Novembre, 2009
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Un an après leur lancement, les Uteq (Unités Territoriales de Quartier) étaient célébrées par Michèle Alliot-Marie : « La Courneuve, -10% de délinquance ; Saint-Denis, -15% ; Clichy-Monfermeil, -20% ».

(source image: libertasoccidentalis.net)

Alléluia, la police venait de trouver son remède-miracle. Et pendant que les experts, les journalistes, les politiques débattaient sur le thème « les Uteq sont-elles une nouvelle police de proximité ? », sur le terrain, le bilan de ces nouvelles unités, créées en avril 2008, est beaucoup plus mitigé que l’enthousiasme de l’ancienne ministre de l’Intérieur le laissait entendre.

Petit retour en arrière. En 2002, Nicolas Sarkozy éradique en une phrase la police de proximité créée quelques années plus tôt par Jean-Pierre Chevènement. Furieux que des policiers, pour étoffer le lien avec la population, commettent des actes aussi révolutionnaires et incorrects que jouer un match de foot avec des jeunes, Sarkozy casse les bonnes volontés, et réaffirme que pour lui, la police, c’est l’enquête et la répression.

En 2007, Nicolas Sarkozy devenu président, est obligé de constater que sa politique sécuritaire n’a rien calmé dans les quartiers sensibles, au contraire. Alors, sans dire qu’il s’agit là d’un retour à la police de proximité (pas de gros mots), Michèle Alliot-Marie, devenue ministre de l’Intérieur, inaugure ses Uteq le 14 avril 2008. Les quartiers choisis sont les 4000 à la Courneuve, les Francs-Moisins à Saint-Denis, et le Chêne Pointu, Bas du Temple et les Bosquets à Clichy-Montfermeil.

Une soixantaine de policiers volontaires patrouillent aux heures habituellement délaissées : 17 heures – 1 heure du matin. Et on ne peut pas dire que l’accueil soit à la hauteur des attentes : à Saint Denis, le premierr soir, les policiers se font caillasser, regagnent leur voiture et appellent en renforts les robocops des compagnies de sécurisation. Ce scénario se reproduit quasiment à l’identique lors de chaque ouverture de nouvelle Uteq (il y en a une trentaine aujourd’hui).

Les Uteq ont un double objectif : faire remonter du renseignement (stups, violences urbaines, vols…) et tisser de nouveau des liens de confiance avec les habitants des quartiers sensibles. Si le premier objectif semble rempli, on ne peut pas en dire autant du second. Même si le syndicat de police Alliance (2e en nombre d’adhérents chez les gardiens de la paix) estime que « la communication avec la population s’est améliorée », les policiers des Uteq ne partagent pas cette vision optimiste. « Avec les jeunes, ça passe toujours pas, rien n’a changé », explique Daniel*, brigadier-chef, « on se prend les mêmes insultes, les mêmes projectiles qu’avant ».

Une situation qui ne surprend pas à Unité Police, le 1er syndicat de policiers en tenue : « Le terrain n’a pas été déminé avant l’envoi des Uteq, les caïds tiennent toujours le terrain ». Et puis, en termes d’image, les Uteq sont bien loin de la police de proximité. Certes, la polprox de Jean-Pierre Chevènement n’était pas exempte de défauts (sous-équipement, trop vite généralisée…), mais les policiers qui patrouillaient n’étaient pas aussi lourdement armés que leurs collègues des Uteq. Ce n’est qu’un exemple, mais un citoyen lambda n’a pas toujours envie d’aller demander un renseignement à un « flic déguisé et armé en char d’assaut », comme le reconnaît le brigadier-chef Daniel. Et puis, ajoute Yannick Danio, d’Unité Police, « les résultats des Uteq sont basés sur le nombre d’interpellations ». En clair, les Uteq font du chiffre, comme le reste des services de police, quand elles devraient plutôt être dégagées de ces contraintes qui pourrissent le travail des policiers.

D’ici à la fin 2010, il devrait y avoir une soixantaine d’Uteq en France. Sans que l’on sache encore très bien si elles sont un placebo, une rustine ou une vraie solution. Sans que l’on sache aussi si Brice Hortefeux, nouveau locataire de la place Beauvau, entend poursuivre et améliorer le travail de MAM.

 

*Le prénom a été changé à sa demande.

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