Le port du képi interdit la libre parole


Lundi, 16 Août, 2010
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Un officier de gendarmerie a été « licencié » par sa hiérarchie le 12 mars dernier. Il avait émis des critiques publiques sur un chantier sécuritaire engagé par Nicolas Sarkozy.


(source image : cap-22-reportages.info.st)

C’était la sanction la plus lourde possible, celle que la gendarmerie n’avait même pas réservée aux militaires qui avaient incendié des paillottes en Corse, celle que la gendarmerie inflige dans les cas les plus graves, comme la corruption : la radiation. Autrement dit : viré.

Alors, quel était le crime du commandant de gendarmerie Matelly, jusque là décrit par sa hiérarchie comme « un officier intelligent, disponible, efficace » ? « C’est simple, il l’a ouverte », résume un haut responsable de l’institution. Et la gendarmerie, c’est l’armée, donc, doigt sur la couture du pantalon, jamais le commandant Matelly n’aurait du critiquer le rapprochement police/gendarmerie, voulu par Nicolas Sarkozy.

« Manquement grave à son obligation de réserve », a jugé l’instance disciplinaire de la Gendarmerie ; « viré pour délit d’opinion », répond Jean Hugues Matelly, qui rappelle d’ailleurs que ce n’est pas en tant que gendarme qu’il a émis des réserves sur ce rapprochement, mais en tant que chercheur. Car il a deux casquettes, ou plutôt deux képis, Matelly. Celui de gendarme, et « collaborateur précieux qui mérite d’être félicité pour son action », toujours selon sa hiérarchie, et celui de chercheur associé au Cesdip, une entité du CNRS, dont les travaux sont dédiés à l’étude des politiques pénales et de sécurité.

Mais au-delà de cette double activité se pose la question de la liberté d’expression des gendarmes : ils n’ont pas le droit de se syndiquer, et ne peuvent pas, comme le font les policiers, émettre des opinions, des critiques, dénoncer, sur la place publique. Leurs artifices : un forum associatif où ils écrivent sous pseudos (gendarmes et citoyens) et un mensuel corporatiste assez offensif (l’Essor de la Gendarmerie). L’Essor a d’ailleurs dénoncé la radiation du commandant Matelly : « sous la Ve République comme au temps de Fouché, sous l’Empire, les gendarmes n’ont que le droit de se taire ».

La radiation du gendarme Matelly a même viré au comique pathétique : début avril, un adjudant est, lui, suspendu pour avoir soutenu son collègue dans un poème intitulé « il pleut sur nos képis ». « Ridicule », commente, affligé, un responsable de la gendarmerie, pour qui le poète méritait plus une sanction pour crime contre la poésie que pour son soutien à Jean Hugues Matelly.

Radié en mars, par un décret signé du président de la République, Jean Hugues Matelly a contesté la décision : dans les médias et devant la justice.

Celle-ci lui a partiellement donné raison fin avril : si Matelly est toujours exclu du service, il doit néanmoins continuer à percevoir sa solde et à bénéficier de son logement de fonction. Dans son ordonnance, le juge qui a ainsi tranché, considère que la sanction infligée à Me Matelly, « la plus sévère pour un militaire, est manifestement disproportionnée au regard des faits en cause ». C’est exactement ce que clamaient les soutiens –gendarmes, chercheurs, politiques...- du commandant.

« La liberté d’expression n’est pas importante en gendarmerie, elle est essentielle en démocratie. Et c’est parce qu’elle est essentielle en démocratie qu’elle est essentielle en gendarmerie, comme partout ailleurs », explique Jean Hugues Matelly. Dans une interview accordée à l’Essor, il ajoute toujours aimer la gendarmerie et regrette qu’aujourd’hui, c’est Monsieur Matelly qu’il faut l’appeler. Et plus commandant Matelly.

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