A quand la fin du mépris envers les tirailleurs sénégalais ?


Lundi, 17 Août, 2009
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Ils ont sacrifié leur jeunesse pour que le pays des Droits de l’Homme prospère… En dépit de leurs sacrifices, durant les grandes guerres menées par la France, ni les livres d’histoire, ni l’Etat Français, ni la population ne reconnaissent l’apport de ces valeureux aînés que l’on appelle « Indigènes ». Pourquoi a-t-on gelé les pensions de ces héros ? Pourquoi faut-il que les anciens combattants du foyer « Adoma » de Bondy (93) réclament encore leur dû ?


A quand la fin du mépris envers les tirailleurs sénégalais ?

Ils ont sacrifié leur jeunesse pour que le pays des Droits de l’Homme prospère… En dépit de leurs sacrifices, durant les grandes guerres menées par la France, ni les livres d’histoire, ni l’Etat Français, ni la population ne reconnaissent l’apport de ces valeureux aînés que l’on appelle « Indigènes ». Pourquoi a-t-on gelé les pensions de ces héros ? Pourquoi faut-il que les anciens combattants du foyer « Adoma » de Bondy (93) réclament encore leur dû ?

 

Ils étaient français

Tout commence en 1857, le gouverneur du Sénégal (colonisé par la France) Faidherbe propose à Napoléon de créer le corps des Tirailleurs Sénégalais pour renforcer  les effectifs militaires. Jusqu’à l’indépendance, chaque militaire est français ! C’est ainsi qu’une dizaine de résidents du foyer « Adoma » de Bondy (93), militaires de carrières, ont combattu au même titre que les militaires de la métropole.

En 1956, le fringuant parachutiste Mamadou Sarr, âgé de 20 ans, était fier d’appartenir à l’une des plus belles armées de l’empire et n’hésita pas à  partir en Algérie : « J’étais un militaire discipliné. Arrivé sur place, je participais activement aux opérations militaires parce qu’il fallait sauver le pays… ». Son voisin de chambre M.Diop précise qu’à l’origine, on leur expliquait qu’il s’agissait d’opérations de maintient de l’ordre et non de guerre !

 

(Mamadou Sarr ancien parachutiste du 8ème régiment).

Oumar Djémé, jeune soldat à fière allure, ne pensait qu’au bien être de sa famille dont il était l’un des piliers.

 

(Oumar Djémé lors du rassemblement des tirailleurs au Trocadéro le 8 mai 2009).

Il connu l’Algérie mais c’est l’Indochine qui le marqua le plus : « Nous étions égaux, blancs, noirs, arabes… unis pour la même cause : le pays, la France. Je n’oublierai jamais le visage de ces frères qui sautaient sur des mines. Ni la mission durant laquelle j’ai passé 48 heures, recroquevillé dans une cuvette avec tout le régiment, sous des tirs discontinus… Pour tenir on chantait la marseillaise et les africains, l’hymne des tirailleurs ».

 

Pochette de single « les africains »

Ils sont devenus sénégalais

Boum ! C’est le bruit des canons qui tonnent dans le ciel de Dakar, tous les 4 avril, pour fêter l’indépendance acquise par le Sénégal en1960. Depuis, les militaires font partie d’une nation naissante et fière de son patrimoine historique. Le poète et Président Léopold Sédar Senghor honorait le sacrifice dans son poème liminaire : « Qui pourra vous chanter si ce n’est votre frère d’armes, votre frère de sang ? […] Vous n’êtes pas des pauvres aux poches vides sans honneur. Mais je déchirerai les rires Banania sur tous les murs de France. ». De son côté, la population accueillait, de manière contrastée, les sacrifiés de la République Française : « Bravo, vous êtes des héros » clamaient certains, « Le pays de De Gaulle vous a oublié » ajoutaient d’autres. Malheureusement, l’administration française donna raison à cette dernière remarque. En 1959, les pensions et les retraites des anciens militaires étrangers de l’armée française furent indexées sur le coût de la vie. Elles ne valaient plus que 3 à 30 % de la pension des combattants français de souche (16 Euros par mois contre 490 Euros).

 

Ils seront reconnus par tous

A l’époque des colonies, les appelés africains étaient tous appelés « tirailleurs sénégalais ». Raphaël Baga, d’origine ivoirienne, s’engagea en 1945, il juge que « Les africains ont beaucoup perdu dans cette guerre : amis, frères et maintenant reconnaissance. Quand on se faisait attraper, on nous tranchait la gorge en Algérie… et maintenant, nous voilà victime de discriminations financières ! ».

 

 (Raphaël Baga tirailleur Sénégalais d’origine Ivoirienne)

Le changement arrive en 2001 ; le Conseil d’Etat s’appuyait sur l’article 14 de la convention Européenne des droits de l’Homme qui interdit "des discriminations fondées sur le sexe, la race, la religion, la couleur, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l’origine nationale ou sociale… " pour que le tirailleur sénégalais Amadou Diop ait droit à la revalorisation et au rappel de ses arriérés de pensions (il avait combattu lors de la guerre de1914 à 1918).

En 2006, le film Indigènes, du réalisateur Rachid Bouchareb, fit « craquer » le Président de l’époque, Jacques Chirac, selon Libération. Grâce à ce film qui présentait le dévouement des militaires, issus des anciennes colonies françaises, il décida qu’il fallait revaloriser les pensions gelées des 80 000 vétérans (dont 15 000 en Afrique subsaharienne, en particulier au Sénégal et au Tchad). Lionel Jospin (alors Premier Ministre) estima que les 1,85 milliards d’euros risquait “de déstabilisation des structures sociales des pays” et une “perturbation des économies locales” face à des fortunes subites… retardant ainsi la revalorisation effective des pensions.  Alors, les héros oubliés patientent encore… Avec une sagesse remarquable, les « anciens de Bondy » clament tous en chœur : «  Malgré tout, justice sera faite, nous aimons la France. C’est notre patrie !»

 

(Les tirailleurs sénégalais du foyer Adoma de Bondy)

Par Médina Koné

 

Retrouvez les interviews des anciens combattants sénégalais sur : www.poteapote.info, rubrique mémoire.

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