Pierre Tartakowski : Une crise démocratique


Lundi, 1 Février, 2016
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Pour le Président d’honneur de la Ligue des Droits de l’Homme, malgré la majorité qui se dessine en faveur du droit de vote des étrangers, des blocages liés à la crise démocratique, et au recul des idéologies de gauche demeurent et barrent la route de ce droit.


Le refus du droit de vote est totalement incompréhensible. Mais en même temps, parce que nous sommes relativement cartésiens, nous savons que rien n’est totalement incompréhensible et qu’il faut essayer de comprendre. 

 

La première idée, c’est que nous sommes dans un contexte européen qui est extrêmement dégradé. Certes, il y a 17 pays qui ont donné le droit de vote aux étrangers, mais ils l’ont fait chacun de leur côté et ça ne fait pas une politique européenne. Ce qui fait la politique européenne, c’est deux choses : c’est le refus de l’intégration de la Turquie dans l’Europe - et à mon avis, ce n’est pas uniquement à cause du format des tomates - et c’est les politiques migratoires. 

 

Deuxième élément, tout aussi désagréable, l’ambiance n’est pas bonne en France. L’ambiance n’est pas bonne en France non pas parce que le Front National gagne, ce n’est pas vrai. Le Front National ne gagne pas, il reste stable, par contre, la gauche recule. La gauche perd et c’est ça qui fait monter le score du Front National. Nous n’arrivons plus, parce que je présume que nous sommes à peu près de gauche, à nous mobiliser sur des objectifs qui soient de gauche et qui soient trans-partis. 

 

Troisième idée, je ne pense pas que la France, enfin, je pense que la République a du mal avec sa dimension noire et sa dimension arabe, Mais surtout la République a du mal avec sa dimension républicaine. Parce qu’il y a une crise sociale, parce qu’il y a une crise économique et parce qu’il y a une crise démocratique. 

 

Ce qui, quelque part, encourage un certain nombre de nos concitoyens qui ont le droit de vote à rester passifs devant le fait qu’on prive de droit de vote d’autres concitoyens, ceux qui considèrent que quelque part, tout ça n’a pas une très grande importance. L’enjeu démocratique a été tellement dévalorisé aux yeux de nos concitoyens, quelle que soit leur origine, que nous avons du mal à nous battre pour son extension et c’est une vraie limite. Certes, il faut continuer à fustiger ceux qui manquent de courage et ceux qui manquent de vision perspective, alors que c’est leur responsabilité. C’est pour ça qu’ils ont été élus. Et quand on est un élu de la République et à plus forte raison Président de la République, on la conduit. 

 

Mais il faut aussi savoir nous-mêmes nous prendre en main et mieux articuler nos résistances. Et si on fait tout ça, si on ré-énergise ces réseaux, ces organisations, si on réarticule, mais c’est compliqué, cet enjeu du droit de vote des résidents étrangers, avec un enjeu plus global d’extension, d’oxygénation de la démocratie sociale, républicaine en France, alors je pense que cette revendication a de l’avenir. 

 

Si nous continuons à la défendre comme quelque chose d’un peu à part, d’un peu en plus, de quelque chose qui serait bien pour les étrangers, alors je crains que nous fassions du sur place et que les lendemains soient amers.

 

Pierre Tartakowski


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