Interview : Lassana Drame, "une force de frappe pacifique et solidaire"


Lundi, 16 Novembre, 2009
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A l’heure où le gouvernement se préoccupe de faire du chiffre en termes d’expulsion d’immigrés sans papiers, Lassana Drame, militant de la première heure, nous fait une petite rétrospective sur le premier cas de lycéen raflé médiatisé.    

 

N.S: Qu'est ce qui t’as poussé à devenir un jour un "délinquant solidaire" en participant aux blocages d'expulsions de sans papiers dans les aéroports parisiens?

L.D: Je rappelle qu’en 2005, à l’époque de l'affaire Guy Effeye,  le terme de délinquant solidaire n'existait pas. Il n'y avait pas encore de terme approprié à ce qu'on faisait. La loi qui condamne les aidants aux migrants n'était pas médiatisée. Par ailleurs il n'y avait aucun cas de personne solidaire à ce genre de cause qui avait sanctionné. A vrai dire rien ne m’a poussé à devenir un « délinquant solidaire ». J’ai toujours été attaché à ce genre de mobilisation, celles où l’on bouge pour des questions citoyennes qui prônent des valeurs fondamentales inscrite au fronton de nos institutions.

 

N.S: quelle expérience a marqué ta mémoire?

L.D: Ce fut à la rentrée scolaire 2005 (aussi le 1er cas médiatisé). A l'époque j'étais secrétaire général de la FIDL (Fédération Indépendante et Démocratique Lycéen). Des militants lycéens nous avaient alertés sur le cas de leur camarade Guy Effeye interpelé pendant les vacances et placé en centre de rétention alors que sa copine était sur le point d'accoucher... (Il n'a même pas pu assister à l'accouchement...). Le lycée était déjà mobilisé et nous leur avons prêté main forte.


N.S : Comment se passe les alertes?  

L.D : Dans la situation précédâmes évoqué, Il y avait une cellule de veille (composer de profs, d’avocats, d’associations et de lycéens leaders)  qui se charge d'informer leurs réseaux (militants, lycéens, bénévoles etc..).Il faut être dispo à tout moment car les modes d’expulsions sont soudains et rapides. Dès lors que tu reçois un SMS tu dois cesser toutes activités et te rendre sur les lieux (dans ce cas c’était l’aéroport) le plus rapidement possible pour freiner le travail des autorités de façon pacifiste et alerter l’opinion publique. Je souligne ici que Guy Effeye n'avait aucune attache avec le pays où on voulait l'expulser et c’est souvent le cas dans ce genre de situation.


N.S : Quelle organisation se met en place ?

L.S : Dés que l’on été renseigné du vol sur lequel il était listé, nous allions à la rencontre des passagers pour les sensibiliser et les inciter à refuser d'attacher leur ceintures de sécurité tant que Guy était dans l'appareil. Pour information, un avion ne peut décoller si ses passagers n'ont pas attaché leurs ceintures. Pendant qu’on distribuait nos tracts aux passagers, la police tentait plusieurs modes d’intimidation pour nous disperser, dont le lancement de gaz lacrymogène. Malheureusement pour eux ce mode opératoire jouait en notre faveur à l’égard des passagers qui manifestaient leur solidarité la cause de Guy. Le résultat de l’opération fut cette fois ci un véritable succès car ces passagers ont au final refusé d’embarquer. A cette époque lorsque la police interpellait un sans papier pour le reconduire à la frontière, on lui demandait s’il voulait monter dans l’avion ou pas…Guy Effeye a bien évidement refusé, ce qui lui permis de rester sur le sol français ce jour là tout en risquant d’être soumis à une interdiction de séjour de 3 ans minimum. Dans la foulée, le jeune lycéen fut déférer au parquet de Bobigny puisque sont refus d’embarquement constituait un délit. Nous avons donc décidé de diffuser massivement l’information sur tous les établissements scolaire de Seine Saint Denis pour  mobiliser et afficher notre mécontentement au tribunal. Tellement la mobilisation était massive et forte  médiatiquement, que Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur à l’époque, a demandé au préfet de donner, à titre exceptionnel et humanitaire, un titre de séjour étudiant à Guy Effeye.

 

N.S: Avais-tu connaissance des risques de poursuites que tu pouvais encourir en agissant ainsi? 

L.S: Non du tout, de toute manière  notre esprit combatif avait le dessus sur les craintes. Rien ne pouvait nous arrêter, nous étions dévoués corps et âme pour la cause de Guy.

 

N.S : Quels conseils donnerais-tu aux futurs militants?
L.S :
Je ne donnerai pas de conseils mais une citation sur laquelle on peu méditer : "Les sentiments produisent le courage actif, et la philosophie le courage passif."

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