Pierre Vidal-Naquet, historien militant, combattant du mensonge


Samedi, 13 Octobre, 2012
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Il aura été l’un des instigateurs de la lutte contre la torture en Algérie, loin des grands discours sans fond, toujours preuve à l’appui... Parfois au péril de sa vie et très souvent au détriment de sa carrière. Son premier combat d’une longue série, celui qu’il mena pour la justice en pourfendeurs des falsifications de l’armée et de l’Etat.


 Pierre Vidal-Naquet on m’avait dit. Prrrrrrrrrr ? Inconnu au bataillon des militants de mon esprit. Alors, j’ai cherché, je me suis documentée et je suis tombée sur un de ses portraits réalisé par un universitaire de la faculté de Caen.

 

Bon, d’abord, je dois vous préciser ici que c’est alors qu’il était Maître de conférences dans cette faculté que l’engagement de Pierre Vidal-Naquet contre la guerre en Algérie a commencé. Il lui en coûtera d’ailleurs son poste, puisqu’il osa signer en 1960 avec d’autres intellectuels, universitaires et artistes courageux le manifeste des 121, premier appel à la désobéissance contre la guerre d’Algérie.

 

Historien du présent

 

Ce portrait disait : «  Pierre Vidal-Naquet était un historien du présent pendant et dans la guerre d’Algérie ». C’est bien la phrase qui selon moi reflète le mieux cet historien, mais aussi militant des droits de l’homme et surtout, surtout combattant du mensonge. C’est comme cela qu’il sera toute sa vie. La lutte contre les tortures en Algérie, fut ainsi son entrée en la matière, son déclencheur de vocation de militant contre les injustices.

 

Il enquêta sur la disparition de Maurice Audin, ce jeune universitaire français d’Algérie, enlevé et assassiné par les parachutistes et officiellement porté disparu. Objectif de Pierre Vidal-Naquet : apporter des preuves concrètes à la dénégation et aux silences gouvernementaux, aux mensonges d’Etat qui ont entouré cette disparition. Il mit donc son savoir-faire d’historien rigoureux et intransigeant au service de son engagement, avec pour seule arme sa production inlassable de textes et d’ouvrages fondamentaux. Il utilisa ses méthodes d’historien pour sensibiliser ses contemporains, il était donc bien cet historien du présent pendant et dans la guerre.

 

La torture, cette horreur absolue

 

Il dira lui-même : « Pendant les années algériennes, mon but principal n’était pas de révéler les tortures en un sens, tout le monde les connaissait ; c’était de dire la responsabilité de l’Etat au plus haut niveau… Ce que j’ai essayé de faire avec l’affaire Audin : un travail de critique historique élémentaire. Ce travail est toujours aujourd’hui nécessaire surtout quand il s’agit de l’armée, qui est capable de tous les mensonges et de tous les faux ».

 

Mais pourquoi un tel engagement ? C’est lui qui en donnera la meilleure explication : « Vous savez, avant d’être déporté, mon père a été torturé par la Gestapo à Marseille. L’idée que les mêmes tortures puissent être infligées d’abord en Indochine et à Madagascar puis en Algérie par des officiers m’a fait horreur. Mon action n’a pas d’autres sources que cette horreur absolue ». Cette source qui le fera écrire, publier et dénoncer se mobiliser avec la même hargne plus tard contre le négationnisme, et pour la création d’un Etat palestinien. Cette même source, qui quelques semaines avant sa mort à l’âge de 76 ans, en juillet 2006, le poussa encore à cosigner un appel pour l’arrêt de l’offensive israélienne au Liban.

 

Au-delà de la barrière ethnique, culturelle ou religieuse. Un Justicier universel tout simplement. Mais dites-moi…Je crois bien que l’expression militant un jour, militant toujours a été inventée pour Pierre Vidal-Naquet.

 

Loubna Cherchari

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