Le mariage pour tous : 80% d’approbation en Espagne


Lundi, 18 Novembre, 2013
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Beatriz Gimeno, présidente de la FELGBT (organisation espagnole de défense des Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transexuels) nous explique comment s’est passée en espagne la lutte contre la vision du clergé du mariage. Pour elle, les progrès dans les pays voisins comme la France sont importants.

 

 

Julien Vanhée : Une forte mobilisation contre le mariage pour tous a eu lieu en France. En avez-vous entendu parlé ? Qu’est ce que vous pensez de cette situation ?

 Beatriz Gimeno : En Espagne nous suivons avec beaucoup d’intérêt ce qui se passe en France pour deux raisons. La première d’entre elles est que nous sommes toujours informés des progrès (de ces mobilisations) au sein d’autres pays parce que nous savons que nous ne réussirons pas cette lutte tant que les personnes LGBT seront persécutées ou discriminées quelque part dans le monde. La deuxième est que la France est un pays voisin et ce qui se passe dans l’Union Européenne est donc ce qui nous touche le plus.

 

Je pense que la situation en France est complexe parce qu’en apparence, la France est un pays tolérant, laïque et démocratique mais quand elle a tenté d’adopter la loi sur le mariage, l’homophobie qui était cachée s’est manifestée. Celle-ci ne se montre pas sous une forme ouverte ou violente dans les pays démocratiques, mais elle existe bien, et ne tolère pas les quelques pas en direction de l’égalité réelle. Il est arrivé la même chose en Espagne. On est surpris par l’étendue de l’homophobie qui existe encore.

 

 

JV : Quelles étaient les oppositions en Espagne quand le projet de loi pour le mariage pour tous fut présenté ?

 BG : Les oppositions furent les mêmes qu’en France. Il y avait une frange indirectement liée à l’église, très conservatrice tant sur le plan social que sur le plan sexuel - mais aussi et surtout l’église. La première ne voulait pas se dénommer homophobe : ils disaient qu’ils étaient pour les droits des homosexuels mais pas pour le mariage car l’essence même de celui-ci serait hétérosexuelle. Et l’Église, naturellement, dont l’opposition est plus connue et récurrente.

 

 

JV : Comment as-tu fait pour réfuter leurs arguments ? Avez-vous organisé des manifestations ?

 BG : Nous étions toujours convaincus que la manière de réfuter leurs arguments était de mettre en avant l’égalité devant la loi. Égalité fut le mot et l’idée qu’on a le plus utilisé. L’égalité et les droits des citoyens pour tous et toutes. Il y a eu une grande manifestation contre le mariage. Nous, nous n’en avons pas organisé. Ils ont généralement plus de capacité de mobilisation et nous pensions que si l’on ne pouvait les dépasser en nombre de personnes il était mieux de ne pas rivaliser. Nous les dépassons en approbation dans tous les sondages.

 

 

JV : Nous savons que l’Église espagnole s’était opposée avec véhémence à cette loi. Aujourd’hui, huit ans plus tard, il semble que l’Église a perdu la bataille. Finalement, a-t-elle accepté ?

 BG : Non, certainement pas. L’Église n’accepte ni cela, ni le divorce ni l’avortement, ni l’égalité femme-homme. La bataille, par contre, elle l’avait déjà perdu depuis le début pour l’acceptation sociale du mariage. Dès l’instant où la loi fut adoptée, l’approbation était de 60%. Aujourd’hui, elle est de 80%. En ce sens, oui, l’église a perdu la bataille sociale.

 

 

JV : Sais-tu combien de mariages homosexuels ont été célébrés à ce jour ?

 BG : Plus ou moins 25.000



JV : Maintenant, quelles sont les nouvelles luttes des LGBT ?

 BG : Nous en avons beaucoup. L’obtention du mariage n’était pas la fin du chemin, mais plutôt le début d’un autre. Notre lutte est dirigée vers l’éradication de l’homophobie et la transphobie et il reste beaucoup à faire. En ces moments, ce que nous inquiète énormément est la LGBT-phobie existante à l’école, laquelle rend la vie plus difficile aux enfants et aux adolescents qui n’ont pas les outils appropriés pour y faire face. Cette année, mon organisation, la FELGTB vient d’inaugurer l’année de l’École sans armoires (ndlr : coming out the closet/ sortir de l’armoire signifie révéler son homosexualité). Nous avons mené une étude qui démontre que 40% des adolescents LGBT pensent au suicide et plus de 80% sont victimes de harcèlement. C’est le centre de notre action.

 

Propos recueillis par Julien Vanhée,

traduction par Diego Grajales

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