Tribune : Pour une Europe solidaire des territoires


Mardi, 15 Octobre, 2013
Logo

Après de longs mois de négociations, un compromis pour le budget européen de 2014 à 2020 a enfin été atteint. A l’arrivée, malgré l’engagement du Président François Hollande en faveur de la relance et des citoyens européens les plus exposés à la crise, l’égoïsme d’une majorité de pays membres a prévalu, nous condamnant au statu quo d’une solidarité européenne au rabais.

Alors que l’Europe peine à sortir de la récession, je regrette le manque de vision stratégique de l’Europe sur la question cruciale des années à venir : le risque croissant de décrochage de nombreux territoires urbains frappés par la désindustrialisation.

 

Les habitants des territoires en souffrance comme la Seine-Saint-Denis attendent et méritent que l’Europe contribue à la relance, mais aussi qu’elle assume pleinement son rôle dans l’effort de solidarité que nous impose la crise.

 

Nous attendons de l’Europe qu’elle agisse pour l’insertion et l’inclusion de tous. Cela passe notamment par une confiance renouvelée aux régions et aux départements, qui par leurs politiques d’insertion, de formation et de lutte contre la pauvreté, tiennent un rôle de bouclier social dans les territoires. Le 18 février dernier, j’ai organisé la 1ère rencontre européenne de la Seine-Saint-Denis. A cette occasion, j’ai lancé un appel pour une solidarité territoriale en Europe.

 

Alors qu’on reproche souvent à l’Europe sa panne démocratique, il nous a semblé que nous pouvions contribuer à rallumer le moteur par le bas, par le local.

 

C’est dans les quartiers, auprès de leur population souvent jeune, que se joue la promesse de justice et de progrès qui fonde le pacte social des grands pays européens. Avec la crise pourtant, les habitants des quartiers populaires ploient sous les difficultés. Si l’on ne veut pas qu’ils cèdent à la défiance ou à la résignation, il faut les soutenir et les protéger.

 

En raison de ses compétences en matière d’action sociale et d’éducation, le Département est ainsi un acteur essentiel de la mise en œuvre de la stratégie Europe 2020, qui mise sur la formation et l’inclusion autant que sur l’innovation.

 

L’Europe, en effet, ne peut espérer de sortie de crise durable si elle s’engage sur la voie d’un développement à plusieurs vitesses avec la constitution de poches de pauvreté et d’espaces de relégation.

 

En Ile-de-France, une part importante de la Seine-Saint-Denis court aujourd’hui un risque de décrochage économique et social. Elle est en effet le département au taux de pauvreté le plus élevé de France métropolitaine, tandis que la région Ile-de-France, possède le PIB le plus élevé d’Europe.

 

Pour les habitants de la Seine-Saint- Denis et d’autres territoires en difficulté, l’Europe peut paraître lointaine et indifférente. Pourtant, les fonds structurels et les actions financées par les fonds de solidarité européens renforcent la solidarité concrète sur les territoires.

 

Le Fonds social européen (FSE) a un rôle fondamental sur le plan social comme levier financier soutenant non seulement la lutte contre la pauvreté, mais aussi tout ce qui concerne la politique de l’emploi.

 

L’Europe est à la croisée des chemins : ou bien elle se mobilise pour préparer l’avenir en s’appuyant sur la jeunesse des quartiers populaires ; ou bien elle se condamne à subir demain les tensions que les inégalités économiques, sociales et territoriales qui se creusent en ce moment.

 

L’Europe ne peut rêver son avenir et regarder vers l’horizon que si elle a les pieds solidement ancrés dans la réalité de ses populations. C’est à cette condition qu’elle sera à nouveau en phase avec ses principes fondateurs.

 

Stéphane Troussel

Président du Conseil Général de Seine-

Saint-Denis

Publier un nouveau commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.