L’Invention des « Emeutes Citoyennes »


Lundi, 26 Décembre, 2011
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Au lieu de faire des émeutes urbaines, l’association Agir Pour Réussir a monté les premières Emeutes Citoyennes. Depuis, malgré les obstacles posés par les autorités administratives, la structure poursuit une chevauchée citoyenne… fulgurante.


Ça a commencé par un rodéo dramatique, sanglant, et ça se poursuit par une chevauchée fantastique, pleine d’espoir. « Un soir, un dimanche, en 2007, sur le terrain de foot, comme d’habitude, des jeunes faisaient un rodéo moto. Mais ce dimanche-là, des flics sont venus, et pour répondre aux caillasses jetées par les jeunes, les flics ont tiré à balles réelles ! » Résultat ? Un jeune a reçu une balle dans l’épaule. Moussa Camara, 25 ans aujourd’hui, se souvient des tensions qui ont suivi dans son quartier de La Croix-Petit, à Cergy (dans le 95). La suite logique aurait pu être des émeutes urbaines. Mais au lieu de ça, Moussa et les siens ont préféré créer ce qu’ils ont appelé des « émeutes citoyennes ».

 

A l’occasion du 1er tour des municipales en 2008, « on a rassemblé tous les inscrits en liste électorale : on était plus de 200 dans un même bureau de vote ». La rage, les jeunes du quartier La Croix-Petit, ils l’ont transformée en actions citoyennes aux allures d’opération coup de poing. Ils organisent des débats citoyens qui réunissent « les Français de papiers et les Français d’identité ». Sans consigne de vote, histoire avant tout de mettre la pression aux élus, l’idée est de se mobiliser en tant que citoyen : « Quand ils ont vu qu’on était beaucoup, il valait mieux pour eux qu’ils nous aient de leur côté. Désormais il faut compter sur nous, et pas sans nous. … ». Une mécanique est lancée, elle poussera le collectif à se monter en une association lucide, active, et de plus en plus d’utilité publique.

 

EN AUTARCIE

 

Mais avant cette dernière mutation, tout n’a pas été si simple : à cause du contexte urbain, et à cause des embûches des autorités administratives. La politique de la Ville du maire Monsieur Dominique Lefèbvre promettait depuis 2001 de « détruire le ghetto social ». La politique de l’ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine) a ciblé Cergy et notamment le quartier de La Croix-Petit, « plus de 80 % du quartier a été détruit mais… pour Moussa Camara, on continuait à vivre en autarcie. Ici, il n’y a plus d’actions publiques, nous sommes livrés à nous-mêmes».

 

Quand le collectif citoyen a souhaité un équipement sportif, notamment un gymnase de foot en salle, « les élus ont eu peur de nous faire confiance ». Mais à la suite d’une bonne gestion d’un créneau horaire hebdomadaire en totale autonomie, « on a su démontrer qu’on était capable, alors on a exigé plus. Pour avoir la « paix sociale », ils nous ont dit de devenir une association. » Alors comme le dit Moussa Camara : « on est passé du monde quartier au monde association ».

 

DES EMEUTES CITOYENNES EN ARMEE CITOYENNE

 

L’organisation est devenue l’association Agir Pour Réussir (AGPR) « On est revenu avec un dossier travaillé, en béton. » Et c’est ainsi que le 16 mai 2009 a vu le jour le « Festival Art Mai Citoyenne ». Concerts rap, grande kermesse familiale, grand barbecue, tournoi de foot, cet événement annuel propose aussi un parcours « éco-jeunesse » où les enfants de différents quartiers sont amenés à se dire : « ne jette pas ce que tu vas ramasser plus tard », avec plantations d’arbres, distribution de sacs de tri sélectif. Le 14 mai 2011, au Dôme de l’ESSEC, AGPR a organisé un événement festif avec des invités prestigieux tels que Mokobé… La prochaine édition du Festival Art Mai Citoyenne se tiendra le 19 mai 2012. Mais comment ces actions citoyennes de grande envergure ont-elles pu se maintenir, et se développer ?

 

Dynamique, lucide, sachant transformer le négatif en constructif, la vraie force d’Agir Pour Réussir réside surtout en sa capacité d’ouverture, d’ouverture et d’adaptation. « On a su dépasser notre quartier ». Pour Moussa Camara, dont l’association propose aujourd’hui des sorties et des séjours à la montagne, un des enjeux essentiels reste de lutter contre l’enfermement des jeunes issus du quartier fragile, avec une profonde détermination : « Si on ne bouge pas, personne va nous aider, personne aidera nos petits frères, faut sortir du quartier, c’est notre devoir de les orienter dans un bon chemin, qu’ils ne se laissent pas faire comme on l’a fait ». A travers leurs actions de soutien chaque année auprès de la Banque Alimentaire, voir ailleurs a permis aussi de comprendre que « les autres sont pareils que nous ».

 

ARGENT, INDEPENDANCE ET AVENIR

 

Cet état d’esprit s’alimente d’une logique d’indépendance solide. Depuis le début, les 150 adhérents d’Agir Pour Réussir comptent sur eux-mêmes. Sur le point d’obtenir un local, « on va essayer de mettre 2, 3 salariés ». Mais chaque membre du conseil d’administration a une activité professionnelle à côté : l’activité associative est « désintéressée », c’est de l’intime conviction qui a permis de répondre à l’échec scolaire, et à l’insertion professionnelle, notamment avec la délivrance de plusieurs CDI pour les jeunes avec les magasins Auchan, Leclerc, ou aux Etangs de Cergy. AGPR n’est plus une « petite association de quartier ».

 

Toutes ces victoires ne les ont pas rendus moins méfiants vis-à-vis des autorités. Question argent, les émeutiers citoyens comptent là encore que sur eux-mêmes : « on n’a pas de subvention de fonctionnement, on a les 10 euros d’adhésion, et on pratique l’autofinancement avec les grands barbecues etc., où chacun essaie de sortir 10 euros de sa poche ». Après avoir inventé les Emeutes Citoyennes, et mûri leurs actions solidaires, AGPR insiste, persiste, et signe son indépendance financière et citoyenne.

 

 

dolpi

 


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Et le site de l'asso, peut-être ???

 

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