La grève générale en Guadeloupe : un exemple à suivre ?


Mercredi, 22 Juillet, 2009
Logo

Le 4 Mars dernier soit, après 44 jours de grève générale, le collectif LKP obtient la signature d’un accord, de l’Etat et des collectivités locales, venant répondre favorablement à ses principales revendications. Dans le même temps, le MEDEF qui a refusé de signer le dit accord, a opté, en revanche, pour l’attribution aux salariés d’« un bonus exceptionnel », ce qui est loin de répondre aux attentes du LKP.

 

Ainsi donc, la grève générale, portée depuis le 20 janvier 2009, par le Collectif « Lyannaj Kont Pwofitasion » (LKP) soit « Collectif contre l’exploitation outrancière », fruit d’un rassemblement de nombreux syndicats, d’associations et de mouvements culturels très populaires, se voit non pas interrompue mais suspendue. Le LKP et son chef de file, Mr Elie DOMOTA, ont fait ressortir, par le biais d’une plateforme de plus de 140 points de revendications, de nombreux disfonctionnements au sein de l’île dont le niveau élevé du coût de la vie et les problèmes liés à l’embauche des guadeloupéens. Les revendications mises en exergue par le LKP, dont une augmentation de 200 euros pour les bas salaires, ont très tôt reçu le soutien de la majeure partie de la population. En effet, si en ce qui concerne les employés de la fonction publique, une prime salariale de 40% justifiée par le coût de la vie est en vigueur, il n’en est rien pour les salariés dans le privé. La différence des prix des produits de première nécessité qu’on observe entre la France hexagonale et la Guadeloupe, et dans les départements d’Outre-mer en général, vient légitimer les revendications. En définitive, la grève générale dans l’île apparaît comme un combat social sur le pouvoir d’achat, un combat commun qui anime tous ceux qui, ici, aussi, luttent contre la vie chère.

En l’espèce, ce n’est pas une nouvelle aide sociale qui est demandée mais une équité sociale. Dans le cadre des revendications du LKP, ce sont les patrons, pour la plupart békés ou originaires de la France hexagonale et héritiers de nombreux biens de production dans l’île, qui sont pointés du doigt. Mais à y regarder de plus près, la même problématique se pose en France hexagonale où la richesse de production est concentrée entre les mains de quelques uns, et, ce serait là tout le système capitaliste qu’il faudrait combattre. En outre, la réalité de la préférence de recrutement de personnes venant de la France hexagonale à des postes de fonctions dans les entreprises, et plus globalement dans l’île, a conduit à ce que le LKP sollicite la priorité d’embauche pour les guadeloupéens à compétence égale. Actuellement, un programme d’« égalité des chances et de volontarisme républicain » est prévu dans l’accord nouvellement signé afin de prendre en considération la réalité d’éviction des guadeloupéens à tous les niveaux d’emplois locaux. Après les négociations commencées avec Yves Jégo, Secrétaire d’Etat à l’Outre-mer qui, très vite, ont tournées court et une opposition ferme des patrons, quant à une augmentation des salaires, un durcissement du mouvement a été opéré. Au 29ème jour de grève générale en Guadeloupe, le pire est survenu dans un climat tendu et de violences. Jacques Bino, délégué syndical, a été tué par balle dans un quartier populaire de Pointe-à- Pitre.

Cette tragédie n’est pas sans rappeler les événements de Mai 67. L’inaction des pouvoirs publics, depuis le début de la grève, apparaît avoir une part de responsabilité dans cette tragédie. Le profond mépris ressenti par la population guadeloupéenne n’a fait qu’alimenter, une fois de plus, la thèse soutenue par certains selon laquelle les habitants des départements d’Outre-mer ne constituent pas des français à part entière mais des français de seconde zone. De surcroît, la volonté de certains, de déplacer le conflit social pour le placer sur le terrain d’un conflit anti-béké et anti-blanc n’a fait que susciter des animosités ainsi que des incompréhensions de la part de la population guadeloupéenne. D’ailleurs, ceux qui semblaient pour le moins embarrassés avec les revendications sociales et qui redoutaient certainement une contagion du mouvement, ont pu profiter du fait que le conflit social soit quelque peu terni par cette publicité discréditant la légitimité de la grève. Aujourd’hui, si en apparence, le calme est revenu, il reste beaucoup à faire… Néanmoins, de la signature de l’accord obtenu par le LKP, une leçon peut être tirée : La détermination et la solidarité de la population sur des revendications légitimes sont en mesure de faire reculer les résistances gouvernementales et patronales. La grève générale en Guadeloupe, serait-elle un exemple à suivre pour la lutte contre la vie chère en France hexagonale ?

Publier un nouveau commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.