Interview : Didier Lapeyronnie, « les institutions publiques ont souvent servi de vecteur d’intégration…. »


Lundi, 17 Août, 2009
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Didier Lapeyronnie est professeur de Sociologie à l’Université Paris IV et Membre Associé au Centre d’Analyse et d’Intervention Sociologiques (CADIS), il nous livre son sentiment  sur les emplois fermés. 


Tulin Sen : Le nombre d’emplois fermés aux étrangers ne cesse de croître et ce, depuis la fin du XIXe siècle. La conjoncture sociale pèse-t-elle essentiellement sur les décisions politiques en la matière ? Et quelle est globalement votre opinion à ce sujet ?

 

Didier Lapeyronnie : La conjoncture politique de fermeture n’est pas favorable à une ouverture de la société et du pouvoir politique. Il est donc évident que ce problème doit trouver une solution positive dans la période que nous traversons.

C’est une forme de discrimination légale fondée sur des critères de nationalité. Elle pose des problèmes, pour une partie de la population, notamment dans les quartiers populaires où beaucoup n’ont pas la nationalité française et qui, de ce fait, se retrouvent face à un marché du travail qui est plus restreint que les autres. Les restrictions, qu’elles soient liées à la nationalité, à l’appartenance européenne ou à certaines professions, devraient être levées.


Quelle est la volonté des étrangers, issus des anciennes colonies françaises, d’accéder aux emplois publics ?

 

Il existe des luttes contre la discrimination et des récriminations contre cette dernière. En revanche, il y en a peu sur l’existence de ces emplois qui sont fermés ou réservés.

L’ouverture, si elle a lieu, aura une valeur symbolique surtout dans un pays qui a plutôt tendance à se fermer et serait un signe positif, y compris, vis-à-vis de l’étranger.

Même si ce n’est pas une revendication majeure, on peut penser, par exemple, aux emplois dans le secteur public hospitalier où cette fermeture pèse !


Comment peut-on expliquer que les enfants d’immigrés, ayant subi des discriminations, soient  prêts à intégrer les métiers de la fonction publique ?

 

Ils sont face à un marché du travail qui est plus restreint, il me paraît donc évident qu’ils aient envie d’élargir ce dernier. À mon avis, il n’y a pas de raison qu’ils aient plus de difficulté ou plus de volonté que les autres à accéder à ces types d’emplois.

Si l’on raisonne de manière générale, les secteurs publics et les institutions ont souvent servi de vecteur d’intégration, c’est pourquoi leur ouverture me semble positive. Il est vrai que les enfants d’immigrés peuvent avoir des formes de résistance ou de réticence à entrer dans des institutions telles que la police, l’armée ou la justice car elles se montrent relativement brutales à leur égard. En même temps, ce serait probablement une manière de faire changer ces institutions. 

 

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