Royaume-Uni : What’s wrong with equality ?*


Mardi, 24 Septembre, 2013
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Trevor Philips, Président de la Commission for Racial Equality, installée en 1976 et devenue récemment Commission for Human Rights, a dirigé la principale institution dans la lutte contre les discriminations aux Royaume-Uni. Il critique la catégorisation ethno raciale qui engendre les comportements discriminatoires.

 

 

Quand on parle d’inégalités, on peut parler de choses aussi différentes que la santé, l’inégalité des salaires, l’éducation. Si vous êtes un homme noir, vous avez trois fois plus de chances d’aller en prison. Ces chiffres intéressants sont de grandes armes. Mais je ne pense pas qu’ils vont nécessairement nous aider à éliminer les inégalités.

 

Pour moi, le vrai challenge des sociétés modernes est de bien vivre ensemble et je veux insister sur « bien vivre ensemble », ce qui n’est pas seulement vivre ensemble. Je passe beaucoup de temps à l’étranger en ce moment et il m’apparaît clairement que les différences de classes, d’ethnies, et de genres marquent des clivages et fondent de plus en plus les sociétés modernes, ce qui rend plus difficile le bien vivre ensemble. C’est un phénomène qui augmente dans nos sociétés. La mondialisation signifie que nous avons besoin de plus de gens différents, tout le temps.

 

Les aléas de la naissance

 

Quand nous parlons de politique, nous ne pouvons plus savoir si nous parlons d’individus ou de catégories. Qu’est-ce que je veux dire par là ? Je veux dire que les vraies injustices dans nos sociétés surviennent lorsque nous sommes piégés par les aléas de notre naissance. Notre origine détermine notre destinée. C’est le vrai problème lorsqu’on parle d’égalité et d’inégalité. Et le pire, c’est lorsque l’une de ces catégories : la classe, la géographie, la race et le genre sont ce qui détermine notre avenir. Il y a quelques années, pour lutter contre la fraude, Pizza Hut faisait payer les gens avant de consommer. Dans certains endroits, ils ont commencé à faire payer d’avance les gens d’une certaine origine. Un jour, quatre hommes noirs sont entrés. On leur a dit de payer d’avance, ils étaient d’accord. Ils ont mangé et se sont rendus compte que les gens de la table d’à côté qui étaient blancs ont payé après leur repas. Ce qui est intéressant dans cette histoire, c’est que les gens qui ont payé après étaient des gens ordinaires, comme vous et moi. Les quatre gars à qui on a demandé de payer d’avance étaient des footballeurs professionnels et auraient probablement pu acheter le restaurant avec leurs fonds de poches. Le plus frappant dans cette histoire est que leur ethnicité, ce dont ils avaient l’air, les a piégés dans cette situation particulière. Je pense que la réelle question que l’on doit se poser à propos d’injustice et d’inégalité n’est pas abstraite. Elle se situe quand la catégorie dans laquelle nous sommes rangés nous piège dans un endroit où nous ne voulons pas être. La crise économique et la mondialisation exacerbent ces sujets. Je crois que l’essentiel pour nous maintenant est d’être capable de comprendre ces questions. Le problème c’est que les politiques ne nous ont pas aidés.

 

L’inégalité est basée sur le fait que l’on n’accepte pas de dire que l’on peut être piégé dans des catégories. C’est une croyance qui considère fondamentalement que la race, la classe, etc… sont des effets secondaires. Ce n’est pas vrai. Et le problème laissé de côté est un surinvestissement dans l’idée que les catégories sont des victimes.

 

Trevor Philips

 

* : Quel est le problème avec l’égalité, titre d’un débat qui s’est tenu en 2012

 

Crédit photo : ©Wikimedia commons

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