Interview Mr Patrick KARAM, délégué interministériel à l’égalité des chances des français d’outre-mer


Samedi, 28 Février, 2009
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"Il est absurde de penser que l'Etat pourra résoudre, seul, le problème des discriminations "

  1. En quoi consiste votre fonction de délégué interministériel à l’égalité des chances des français d’outre-mer ?

 

C’est une spécificité de la présidence SARKOZY.

On s’est rendu compte que les originaires de l’Outre-mer souffraient de discriminations spécifiques qui, d’un côté, n’avaient jamais été réglées ni prises en compte, et d’un autre côté, les mesures qui avaient été mises en place pour les populations d’origine immigrée ne leur étaient pas applicables dans la mesure où ils étaient français au même titre que les français de l’Ardèche ou de Bretagne.

Créer la délégation, c’était répondre au besoin des ultramarins en matière de discrimination au logement notamment.

La principale discrimination au logement en ce qui concerne les originaires de l’outre-mer, il faut le souligner, n’est pas liée à leur couleur de peau mais au refus de caution outre-mer et ce, que vous soyez blancs ou noirs à présenter une telle caution.

Il ne s’agit donc pas d’une question raciale, mais pourtant cette pratique, dont personne ne parlait est aussi violente qu’une discrimination raciale.

 

Que pensez vous de la discrimination positive ?

 

Personnellement je suis contre la discrimination positive, mais pour l’égalité des chances c'est-à-dire le rétablissement d’égalité dans les situations par le biais d’une politique volontariste.

On n’a pas besoin de discrimination positive, mais seulement de prendre en compte les différences de situation.

Prenons le cas des concours nationaux. A cause du décalage horaire, les candidats en outre-mer sont contraints jusqu’alors de passer les épreuves très tôt le matin, pour une uniformité dans le déroulement des épreuves.

Moi je propose que soit systématiquement mis en place le dispositif d’isolement des candidats en outre mer dans un hôtel de sorte qu’ils ne puissent se voir communiqués les sujets et puissent passer les épreuves dans des conditions horaires normales.

De même, s’agissant des oraux de concours, beaucoup de candidats renoncent à se rendre en métropole pour les passer faute de moyens et notamment de logement sur place, il apparaît que face à cette situation une politique spécifique en leur faveur doive être instituée.

Il s’agit en définitive de réduire les inéquités qui sont issues d’une différence de situation.

 

 Pour revenir sur la Convention, pourquoi avoir choisi la méthode du testing pour lutter contre les discriminations ?

 

Vous savez auparavant quand vous étiez victime de discrimination raciale, vous étiez seul. Vous aviez un sentiment d’impunité.

D’autre part, il est évident que les entreprises réagissent en fonction des coûts auxquels elles doivent faire face. Quand elles réaliseront que discriminer leur revient plus cher, elles abandonneront cette perspective.

 

J’ai pu constater que la charte que j’ai signé en juillet 2008 interdisant le refus de caution d’outre-mer et qui prévoit des sanctions syndicales pouvant aller jusqu’à l’exclusion ou la fermeture de l’agence immobilière a porté ses fruits.

En effet, en 2007, lorsque j’ai pris mes fonctions, des centaines de plaintes des originaires de l’outre mer pour refus de caution outre mer me parvenaient.

Depuis cette charte, j’ai eu quelques dizaines de plaintes. Les chefs d’entreprise ont entendu le message me semble t-il.

De là, j’ai voulu aller plus loin et utiliser la méthode du testing, laquelle a fait ses preuves et fût promue en France par SOS Racisme.

Cette association qui a fait le plus avancer le combat contre les discriminations raciales, a révolutionné les méthodes contre celles ci.

Il est absurde pour les pouvoirs publics de penser que l’Etat pourra résoudre seul le problème des discriminations.

SOS Racisme dans le cadre de cette convention est chargée pendant une année de former les associations ultramarines de Métropole signataires de la dite convention et va ainsi mettre les agences immobilières sous surveillance.

Les agences commenceront à se méfier à juste titre vu que des condamnations seront prononcées quand des comportements discriminatoires seront débusqués, et, les médias relayeront les faits.

Le sentiment d’impunité reculera et, au bout d’un an, si ce message là rentre dans la tête de tous, la discrimination dans le cadre de l’accès au logement sera quasiment éradiquée.

Saisir systématiquement la justice, demander au procureur de requérir des peines lourdes et solliciter des sanctions syndicales sera de nature à faire bouger les choses.

 

Quels seront les moyens mis à disposition par l’Etat dans le cadre de cette convention ?

 

L’Etat fait financer cette opération par l’Agence nationale pour la Cohésion Sociale et l’Egalité des chances (ACSE) de manière à ce que cette mission de lutte contre la discrimination au logement pour les ultramarins se fasse dans de bonnes conditions.

 

Si cette action s’avère être une réussite, l’étendrez vous à d’autres domaines ?

 

L’idée c’est d’instaurer un système de terreur et il s’agit de se donner les moyens pour mener la lutte efficacement.

J’ai déjà donné d’autres missions à SOS Racisme notamment en matière de discrimination à l’emploi.

Nous sommes déjà dans une démarche de mobilisation bien plus large.

 

 

 

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