Le mouvement intellectuel noir


Vendredi, 23 Avril, 2010
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Fodé SYLLA, ancien président de SOS racisme, ancien député Européen et membre du Conseil Economique et Social souligne pour Pote à Pote l’influence qu’a eu le mouvement intellectuel noir sur les mouvements d’indépendance.

Pote à Pote : Quel a été l’impact sur les mouvements d’indépendance du congrès des artistes et écrivains noirs qui s’est tenu à Paris en 1956 autour de Senghor, Diop et Cesaire ?

Fodé SYLLA : Le Congrès de la Sorbonne de 1956 devait poser les bases d'une rencontre ou de retrouvailles des intellectuels et artistes noirs, à la fois africains, antillais et afro-américain, sur la valorisation des cultures et de l'émancipation de l'homme noir. En réalité, parce qu'il intervenait en pleine Guerre Froide, il est rapidement devenu un enjeu idéologique fondamental. Certains participants n'hésitant pas à qualifier l'événement comme le « Bandung culturel » (la Conférence de Bandung d'avril 55 marque la naissance du concept de Tiers Monde). Les Américains ont tout fait pour contenir le glissement anti impérialiste des débats et n'ont eu de cesse d'essayer de recentrer le Congrès sur la bataille des droits civiques. Quoi qu'il en soit cette rencontre marque bel et bien la naissance d'un véritable mouvement intellectuel noir. Une dimension qui a été particulièrement renforcée par la présence d'intellectuels emblématiques occidentaux (Claude Levi Strauss, Jean-Paul Sartre, Pablo Picasso...) qui lui ont donné une crédibilité et un écho international.

L'âme du Congrès, encore une fois, avait des bases philosophiques et culturelles. Un discours égalitaire et humaniste qui entendait proposer une autre vision, autre que celle, manichéenne, imposée par les deux blocs américain et communiste. Pour Senghor, il s'agissait de : « Faire de la culture une puissance de libération ». Et l'on constate que la plupart des leaders charismatiques africains des mouvements de lutte anti coloniale (comme Patrice Lumumba au Congo Belge ou Kwame Nkrumah au Ghana) restaient porteurs de cette double impulsion politique et intellectuelle.

 

Pote à Pote : 50 ans après les indépendances, quelle est aujourd'hui la place de la pensée africaine dans le monde intellectuel ?

On cite souvent, chez les francophones, Senghor et Césaire, chantres de la négritude, comme figures de proue des intellectuels noirs.  Le concept initial du Martiniquais Aimé Césaire, que Senghor définit comme « l'ensemble des valeurs culturelles de l'Afrique noire », a pris justement toute sa dimension dans la rencontre entre les deux hommes. Elle se pose comme une revendication identitaire forte et réunificatrice qui transcende les clivages géographiques et historiques.

Pour autant, on aurait tort, comme c'est parfois malheureusement le cas, de réduire la pensée noire à la seule négritude. Entre Senghor à l'Académie française, le Nobel de littérature de Whole Soyinka (1986), le Renaudot  d'Alain Mabanckou (2006) et le Goncourt de Marie Ndiaye (2009), sans compter des écrivains comme Ahmadou Kourouma ou Amadou Hampaté Bâ, la pensée africaine a toujours eu sa place dans la grande littérature. Mais le plus grand apport de la pensée africaine reste sans doute à venir avec les trésors que recèlent les quelques 200 000 manuscrits du 10 siècles, pour  les plus anciens, conservés dans la région de Tombouctou. Un patrimoine mondial qui est loin d'avoir livré tous ses secrets, et pour lequel je travaille activement à m'impliquer dans sa préservation, et qui prouve d'ores et déjà la richesse et  peut être la prégnance de la pensée africaine.

 

Propos recueillis par Mame Ndella NDIAYE

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