« La France a bâclé voir raté la décolonisation de l’Afrique ! »
50 ans après les indépendances, force est de constater que les idéaux brandis avec fierté et les espérances réjouissantes des premières heures de liberté ont laissé place à une ère de désillusion au goût de cendre de larmes et de sang. Le théâtre d’ombre que présente la scène politique africaine avec son lot de coups de force, d’atteintes répétées aux droits de l’homme et de scandales financiers récurrents, interpelle au plus haut point sur ce que les dirigeants du continent ont fait de la liberté reconquise, mais aussi sur la façon dont a été conduit le processus d’accession à la souveraineté des pays d’Afrique. La responsabilité des acteurs de la décolonisation se trouve directement posée.
En effet, même si l’indépendance fut le fruit de luttes et combats menés par des femmes et des hommes épris de liberté et de dignité, il faut reconnaître qu’outre quelques exemples marginaux comme la Guinée et l’Algérie, la plupart des États africains notamment francophones ont obtenu leur indépendance dans le cadre d’une stratégie utilitariste mise en place par la puissance coloniale en l’occurrence, la France pour le pré-carré francophone. La Métropole « Corrèze » sous l’influence des idées cartieristes, se débarrassait à bon compte du poids de la gestion des pays « Zambèze », tout en se ménageant par des conventions léonines les circuits d’approvisionnement en matières premières et autres produits de première nécessité.
Disons-le tout net, la France a bâclé voire raté la décolonisation de l’Afrique ! Elle était plus préoccupée par la défense de ses intérêts immédiats que par la formation et l’installation d’une élite africaine moderne et compétente. Pour ce faire, elle s’est appuyée sur des préposés locaux souvent serviles et corrompus qui n’ont fait que perpétuer le système précolonial d’exploitation et de domination barbare, à l’ombre tutélaire et bienveillante du Maître. La France et ses « avatars » tropicaux portent une lourde responsabilité dans la faillite politique du continent.
Faillite de gouvernance tout de même jugulée aujourd’hui par la soif inextinguible de liberté et l’exigence démocratique des peuples d’Afrique. Partout, des mouvements prolifèrent pour réclamer plus de justice et d’égalité. A Antananarivo, Conakry ou Nouakchott, des citoyens le plus souvent jeunes, font vaciller les pouvoirs et briller la flamme de la liberté.
La chance du Continent c’est le dynamisme de sa jeunesse et l’inventivité de ses populations. Malgré les sans-papiers qui dérivent sur les rives de Majorque ou d’ailleurs. En dépit des indicateurs souvent au rouge et des caprices de la nature ; de Dakar à Bamako, d’Alger à Douala, vibrent les clameurs et les ardeurs d’hommes et de femmes debout, la foi et l’espérance chevillées au corps ; à l’image du continent qui, tel un roseau, plie mais ne rompt pas !
Ibrahim Sorel KEITA
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