Tête de Nègre !

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Mardi, 15 Octobre, 2013
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En caméra cachée, le documentaire Noir sur Blanc montre une Allemagne violemment raciste.

Le fait de nier l’existence du racisme est la face émergée du racisme. Quand un Noir ose crier qu’il en est victime, les soldats de la mauvaise foi et les Naïfs du Grand déni parlent sans détour d’exagération, voire de victimisation ou encore de « syndrome de persécution ». C’est un réflexe. C’est peut-être pour ça que Günter Wallraff a voulu se mettre dans la peau d’un Noir. Ça donne le documentaire Noir sur blanc : voyage en Allemagne de Pagonis Pagonakis et Susanne Jäger. Dans les années 80, Günter Wallraff a écrit Tête de Turc. Il s’était déguisé en Turc pour, dans le livre, relater la xénophobie allemande au travail. Tête de Turc s’est vendu à plus de 5 millions d’exemplaires.

 

Cette fois-ci, sans doute fan des films de Fantômas, Günter Wallraff s’est colorié en Noir, devenant Kwami, un gentil Somalien, avec une perruque improbable, mais muni d’une caméra cachée qui va, en douce, mais violemment, subir des situations racistes hallucinantes. A tel point que les soldats de la mauvaise foi se demanderont s’il ne s’agit pas de situations scénarisées. Mais c’est réel ---- et je le sais d’autant plus que je suis moi-même un Noir vivant régulièrement des brimades similaires dans toutes les strates de la société, même parmi des gens bien sous tous rapports. « L’Afrique aux singes, l’Europe aux Blancs ! », voilà ce qu’un jeune Allemand lance à Kwami à l’entrée d’un club. Dans une barque, les passagers Blancs demandent à Kwami de leur servir des bières. C’est une blague ? Ils ne l’ont pas fait exprès ? S’en rendent-ils compte ? En tout cas, ils le tutoient, l’infantilisent, se foutent de lui. Tentent de l’humilier. Quand Kwami s’assied à un banc à côté d’un couple de seniors, ces derniers se lèvent aussitôt. Quand Kwami entre dans une bijouterie intéressé par une montre, manifestement « on ne sait jamais » : on le soupçonne d’être un voleur.

 

Le Noir serait « différent »

 

Comme touriste, comme promeneur ou comme client, notre ami est à chaque fois salement dénigré. Même en présence d’enfants à qui du coup on transmet cette sale maladie. Aidé par un complice (Blanc), Günter Wallraff recueille des justifications à faire peur. Une fois Kwami parti, le complice (Blanc) filme, lui aussi en caméra cachée, toutes les réactions racistes indirectes et parfois très directes : à plusieurs reprises Kwami manque de se faire frapper en public. En 2011, le ministère de l’Intérieur allemand a compté plus de 2 500 agressions faites à l’encontre des étrangers. 2 528 pour être précis. Et en 2012 presque 500 de plus: 2 923. Le logement et l’emploi sont aussi testés par Kwami. Et là aussi, ce sont les aprioris qui frappent. Pourtant, selon l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme il y a de la place : l'Allemagne construit 290 000 logements neufs par an, pour une demande évaluée à 200 000. Mais l’imaginaire et les caricatures animent des discours où le Noir serait « différent ». Les auteurs de propos et d’actes racistes ou n’ont pas le courage d’aller contre les préjugés de la société, ou s’en accommodent avec des « ça sert à rien » d’essayer. Pourtant des forces humanistes existent aussi en Allemagne : le réseau antiraciste kein mensch ist illegal (personne n’est clandestin) est à l’origine avec d’autres organisations comme le syndicat sidérurgiste IG Metall de « l'initiative pour des droits sociaux à l'échelle mondiale ». IG Metall, pour info, est capable de mettre dans la rue 400 000 salariés, comme en mai 2013, avec ses grèves d’avertissement… 

Le film documentaire Noir sur Blanc, n’en déplaise à tous les Naïfs du Grand Déni, réussit à défendre la thèse d’une société allemande encore grotesque, lamentable et violente. A en gerber. Vraiment. Dans son ensemble, et bien plus que l’on croit ---- parce qu’une question subsiste : est-ce seulement par amour et admiration presque fanatique des films de Fantômas que Günter Wallraff s’est déguisé en Somalien ? Je veux dire : pourquoi les producteurs n’ont-ils pas tout simplement confié cette enquête à un journaliste Noir ?

 

 

 

dolpi@maisondespotes.fr

 

Illustration : Pierre Beaupère

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