Interview : Frédéric Léonhardt, « le Grand Paris, c’est l’occasion unique pour décider la réintégration des quartiers isolés et enclavés"


Lundi, 17 Août, 2009
Logo

La démarche du Grand Paris a été lancée en juillet 2008, dix équipes d’urbanistes ont été sélectionnées. Frédéric Léonhardt, urbaniste, a participé à l’équipe composée par Roland Castro en explorant les enjeux concernant les quartiers et les déplacements métropolitains.

Regard d’un expert sur l’avenir de Paris et sa région.

 

Pourriez-vous nous expliquer en quoi consiste le Grand Paris ?

Nicolas Sarkozy a initié une démarche avec la consultation d’urbanistes d’ampleur internationale, pour imaginer un Grand Paris dans 20 à 30 ans sous l'influence forte du contexte planétaire, penser la métropole de l’après-Kyoto, tournée vers des problématiques telles que le développement durable, le changement climatique, et les problèmes liés aux rejets de CO2. L’objectif, c’est d’essayer d’imaginer ce que peut être la ville de demain pour répondre aux besoins des habitants à une échelle qui "fusionne" enfin  les enjeux de Paris et de sa périphérie.

Pour le Président, il y a urgence à faire de Paris métropole un pôle économique beaucoup plus développé qui dans la mondialisation, constitue la locomotive qui tire l'ensemble du pays.  Ce dynamisme économique parisien est en quelque sorte un levier économique national qui conditionne en partie sa réélection, ce qui est juste à la fois économiquement et sans doute politiquement.

C'est pour cela que Christian Blanc, "à coté de la consultation du Grand Paris" a été nommé comme secrétaire d'état à la région capitale.

Le problème, c'est que la cohésion sociale, la question des quartiers, de la jeunesse, les problèmes de vie quotidienne, d'urgence en matière de transport, de logement, ne sont pas franchement sur l'agenda du secrétaire d'Etat. La définition même du développement économique urbain, des sortes de Zones Hi-tech hyperconnecté entre elles et avec le reste du monde est sans doute une conception déjà dépassée, après la crise financière de 2008.

Paradoxalement, le Développement durable et écologique, la justice sociale et  l'amélioration, urgente, de la qualité de vie sont fortement portées par les équipes d'urbanistes à travers leurs projets qui s'adressent ainsi plus que les politiques aux problèmes quotidiens de tous les Franciliens !!! Il  y de nombreuses propositions concrètes qui permettent d'investir, de relancer la machine économique de manière utile en faisant  du bien pour les citadins et du beau pour les villes et les quartiers  : rénover les logements, créer des équipements publics indispensables, créer les nouveaux pôles de vie sur l'ensemble de la métropole. Encore faut-il passer à l'acte !!

 

 

Les franciliens sont donc directement concernés par les chantiers à venir. Vont-ils répondre à leurs attentes en termes de transport, par exemple ?

Désormais la consultation est terminée. Il s’agissait d’abord d’une discussion sur l’avenir, à très long terme, de Paris et sa région. Mais la population est préoccupée par ses difficultés quotidiennes. Et le problème « numéro un » est celui des transports, lié d’une certaine façon à la question des quartiers. Tous les matins, les gens doivent prendre le RER, ils ne sont jamais certains d’arriver à l’heure à leur travail parce que le RER est en panne, ou alors congestionné, même les entreprises sont aujourd'hui préoccupées et entravées dans leur développement.

Ce système merveilleux inventé dans les années 70, confortable et rapide est victime à la fois de son succès, de son usure et du manque de développement depuis les années 90. On a bouclé l'A86, la N104 pour les voitures, mais rien pour les transports publics exceptée quelques lignes de tramways qui ne sont pas à l'échelle des besoins, notamment de lignes rapides qui désenclavent la périphérie. 

 

 

Quelles mesures proposez-vous alors ?

D'investir massivement et surtout rapidement dans les transports publics à grande vitesse. Mais pour cela, il faut aussi savoir où et pourquoi :

Les évènements de 2005 n’ont pas eu lieu en région parisienne par hasard. De fait, la question des quartiers ne se pose pas uniquement par rapport à l’emploi ou au développement économique mais également, par rapport à leur place dans ce Grand Paris. Aujourd’hui un jeune qui habite à Villiers-le-Bel et travaille sur la plateforme de Roissy doit transiter par Paris pour se rendre à son lieu de travail. Il passe des heures dans les transports en commun, alors que Villiers-le-Bel ne se trouve qu’à quelques kilomètres de Roissy. Les quartiers populaires, ou les besoins en transports en commun sont les plus importants doivent être au cœur d'un programme d'investissement.

 Par exemple, on pourrait créer une ligne de transport rapide qui irrigue la plupart des quartiers de la banlieue nord, de Gennevilliers à Argenteuil, Epinay, Stains, Saint-Denis en passant par les deux grands pôles d’emploi, que sont la Défense et Roissy. C’est un moyen de réintégrer ces quartiers dans la métropole par rapport aux zones de développement économique, mais  aussi une des solutions, pour résoudre un problème terrible : la surcharge des lignes RER et métro dans Paris qui voit passer des voyageurs "banlieue-banlieue".

Pour cela, il ne suffit pas d'imaginer 130 Km de souterrain, qui vont mettre 20 ans à sortir, et comme c'est prévu, coûter une fortune pour déplacer les Cadres High-tech de la Défense et Saclay à Orly et Roissy. Il faut un plan d'urgence de modernisation des RER, de création de nouvelles lignes de Métro rapides qui irriguent l'ensemble des quartiers hors Paris et permettent de développer des pôles équilibrés dans toute la zone dense ( Gennevilliers, Saint-Denis, Vitry, Noisy-Le-Grand), de diminuer les temps et les distances de transport.

 Le Grand Paris c’est donc l’occasion et surtout la possibilité de réintégrer ces quartiers isolés et enclavés à l’ensemble du territoire. En développant des réseaux de transport qui permettent aux habitants des quartiers d’être plus mobiles, d’accéder plus facilement à l’ensemble de la métropole, aux nouveaux emplois, et réduire ainsi la rupture économique, sociale et culturelle entre les gens qui habitent les quartiers et les gens qui habitent à l’extérieur. 

Publier un nouveau commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.