B(4) : La Douceur derrière le béton


Jeudi, 25 Octobre, 2012
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Le réalisateur de documentaire Jean-Christophe Ribot a imaginé un grand ensemble fictif B(4), réunissant des scènes de vie de plusieurs locataires bien réels. Ce webdocumentaire donne l’occasion de voir à travers la ghettoïsation.

 

Bétonnée. Massive. Brutale. Une tour d’immeuble est une chose bien grise. C’est « Froid ». « Anonyme ». « Dur ». En tout cas, c’est l’image que ça renvoie dans l’imaginaire. Mais quel est l’envers du décor : qu’y-a-t-il derrière ces fenêtres ? Pour y répondre le réalisateur Jean-Christophe Ribot a mené son enquête. En résulte un webdocumentaire édité par France Télévisions. Derrière ces fenêtres, on y découvre alors des visages, des mots, des regards qui racontent les failles de la ghettoïsation. 

 

Je clique sur B(4). Devant ce grand ensemble fictif, devant ce collage irréel de mosaïques d’immeubles arrachés ici et là, Monsieur Ribot se rappelle des seize premières années de sa vie passées en habitat collectif. Le décor cimenté ressemble aux quartiers de Sarcelles, près de Paris, au Quartier Croix-Rouge de mon enfance à Reims, ou à ces immeubles trempés par la pluie, là, juste derrière nous, derrière les vitres de la pièce où je l’interview. Il pleut. Au-delà du périph. Nous sommes au milieu d’Aubervilliers.

 

La page d’accueil propose une image basique, connue, routinière, avec ces transports ferroviaires, ou avec ces grues qui grattent le goudron, mais très vite Jean-Christophe Ribot définit les cités comme des espaces collectifs qui ne sont autres que les « Nouveaux villages français ». La dalle, là, au centre de la cité, est l’endroit où « tout le monde se croise. »

 

Faire partie d’un tout

 

Comment les gens vivent ensemble et s’entrecroisent, c’est un peu le but de Monsieur Ribot : comprendre « comment des parties différentes forment un tout cohérent ». Ce scientifique de formation qui a par la suite intégré l’école de cinéma Louis-Lumière, s’est déjà posé cette question dans Football, l’Intelligence Collective. Observant l’organisation d’une équipe de foot, le film renvoyait déjà à la notion de « la partie et le tout », à la formation d'un groupe humain lorsque « les individus sont conscients du système dont ils font partie ». Comme ici.

 

Méthodiquement, il a fallu recenser par âge, sexe, origine et autres, sonder les amis, les associations de quartier, et les professionnels entre autres, pour retenir 12 personnages à loger sur les 12 étages de l’immeuble B(4). Le webdocumentaire lui a pris deux ans de préparation pour aboutir à (12 x 5=) 70 fenêtres sur lesquelles cliquer et découvrir qu’ici, il y a « plus de contact humain ». Monsieur Ribot cherche à lutter contre la ghettoïsation et le cloisonnement. Comme celui à Sarcelles « où c’est flagrant, avec les Juifs, tous regroupés ici, ou les Antillais tous là, ou encore les Turcs tous là-bas ». Pour lui, le problème de la ghettoïsation prend racine dans « la dévalorisation des projets locaux ». La vraie ghettoïsation, c’est qu’il n’y a pas d’activités, juge-t-il. « Il faut créer des activités ici ».

 

Le vivre urbain

 

Le sourire, et le regard un peu rêveur de Jean-Christophe Ribot cachent un vrai souci fraternel, une vraie envie de solidarité. Et une colère très bien dissimulée contre les politiques de quotas que certains imaginent comme une solution : « c’est un palliatif aux inégalités sociales ». La ghettoïsation, c’est un « problème de niveau social ». Que pense-t-il alors de la proposition de la FNMDP « l’anonymisation des demandes HLM » ? Son sourire indique son accord : « tout ce qui va dans le sens de la lutte contre la ghettoïsation, je suis évidemment pour » dit-il en substance. L’architecture aussi joue un rôle déterminant dans le « vivre urbain » : « La disposition de ton appartement, par exemple, conditionne ta manière d’être ».

 

Toutes ces leçons de vie, il les a captées derrière sa caméra en pénétrant dans l’intimité des locataires-héros de son documentaire. Il y filme « une atmosphère de vie ». Au 5ème étage, je découvre « la chaleur Humaine » de Samia Orosemane, l’humoriste (voir p.28) parmi plein de petits films, très courts, et très touchants. Jean-Christophe Ribot casse ainsi les murs de la ghettoïsation en nous proposant dans B(4) des scènes de vie, dévoilées avec pudeur, et douceur.

 

 

 

dolpi

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