« Assez de larmes de crocodiles »


Lundi, 25 Mai, 2009
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Président de l’association des maires de villes de banlieues, premier élu de Clichy sous Bois (93), Claude Dilain est au cœur des problématiques de répartition des richesses entre villes pauvres et riches. Et le moins que l’on puisse dire est que les projets gouvernementaux actuels l’inquiètent. Explications.

 

Claude Dilain, vous êtes monté au créneau contre les dernières décisions gouvernementales sur les taxes locales. Pour quelle raison ?

Il y a eu un sacré coup de chaud… Le 2 février dernier, le Président de la République exige une réforme de la DSU*. Nous y étions favorables, car nous l’avons interprété comme la volonté de pousser plus loin encore la réforme de Jean-Louis Borloo, qui allait dans le bon sens. Mais la mouture proposée par Michèle Alliot-Marie ne convenait pas. A-t-elle agi sous l’influence de lobbies, ou en ne considérant que des aspects techniques ? Toujours est-il que son projet pénalisait tout le monde. Certaines grandes villes qui, brutalement, recevraient beaucoup moins d’argent. Mais aussi les villes pauvres, comme Clichy, qui allait toucher 10% d’aide en moins.

Quelle est l’issue du problème ?

Nous avons obtenu un moratoire d’un an et demandé à la ministre d’accentuer l’aide en faveur des villes pauvres … Mais ce projet instaurera de toute façon un bras de fer entre villes pauvres et moyennes pour capter l’aide financière.

Pourquoi ces écarts de richesses ne font-ils qu’augmenter ?

Parce que la fiscalité est structurellement inégalitaire en France ! Depuis le plan Mashall, après la guerre, nous avons une vision polaire de l’aménagement du territoire : d’un côté des pôles d’industrie, de l’autre des pôles résidentiels. Donc des territoires qui perçoivent de grosses taxes professionnelles, et d’autres qui ne perçoivent rien… Ce qui provoque des inégalités qui peuvent aller de 1 à 10 dans les services publics au niveau local ! Alors même que les habitants des villes pauvres travaillent pour les entreprises des villes riches… ça dure depuis les années 60, et ça ne risque pas de changer en une génération. Mais tant qu’il n’y aura pas de dotation de solidarité, une vraie péréquation, on ne s’en sortira pas.

Cette meilleure répartition des richesses, vous y croyez vraiment ?

Posez-vous deux questions : Qui va être pénalisé ? Les villes moyennes et riches. Qui sera avantagé ? Les banlieues… Vous comprenez bien qu’il faudra donc une extraordinaire volonté politique pour parvenir à bouger les choses. Mais on ne peut pas continuer à verser des larmes de crocodiles sur les banlieues et ne jamais rien faire. Et même si leurs voix portent mieux, depuis deux ou trois ans, les maires de banlieues en ont marre de prêcher dans le désert.

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