L'Égypte ou la volonté d’un peuple …


Vendredi, 6 Mai, 2011
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Moubarak a dégagé. Le vendredi 11 février 2011, le peuple égyptien, en particulier sa jeunesse, a réussi à imposer sa volonté et a brisé les verrous d’un régime vieux de trente ans. Des batailles se sont engagées, le sang a coulé, un peuple a triomphé. Cette révolution avait de nombreuses prémices. Depuis 2006, des manifestations et des petits soulèvements ont eu lieu un peu partout dans la République égyptienne. Mais cela était jusqu’alors sans conséquences, on ne se doutait pas que cela était les signes avant-coureurs d’un cyclone qui n’était pas loin, prêt à tout raser.

 

La mort du régime a été décidée par le peuple égyptien le 25 janvier, journée du premier rassemblement dans tout le pays, mais le médecin légiste ne voulait pas l’annoncer. Pendant dix-huit jours, le pouvoir a essayé de sortir de cette crise et de gagner du temps mais la volonté inébranlable des manifestants a tenu face à des tentatives d’intimidation ignobles et répugnantes. Ce peuple, donné pour mort cliniquement ou qui vivait dans le coma depuis près de trente ans, a ressuscité et a redonné un sens à la fierté égyptienne pluri-millénaire. Ceux qui subissaient l’humiliation, la censure, la menace de disparaître du jour au lendemain sans savoir pourquoi, ont surpassé leur peur et ont décidé de prendre leur destin en main. Cette révolution a réinventé l’union nationale : coptes et musulmans se sont entraidés pour mener l’action jusqu’au bout. Nous avons revu les images de la révolution de 1919, les Chrétiens et les Musulmans formant un front uni, soudé face aux tyrans.

 

Maintenant, la fête est finie, place à la gueule de bois. Une démocratie ne se construit pas du jour au lendemain. Une démocratie est comme un arbuste qui pousse lentement, difficilement, sous la menace d’un vent violent qui peut l’arracher ou d’un animal qui peut le dévorer. Mais le jour où il deviendra arbre, il résistera aux pires des tempêtes.

 

Moubarak a dégagé, oui, mais après ? Une Egypte faible dans cette région, c’est dangereux. Il existe trop de menaces, trop de risques et trop d’enjeux pour l’avenir de cet Etat et de ses voisins. Faut-il rappeler que l’Egypte est le seul pays arabe, avec la Jordanie, qui a signé un traité de paix avec Israël ? Faut-il rappeler que les Frères Musulmans sont la seule force d’opposition organisée ? Certes ces derniers ont été pris de court par cette révolte populaire et ont essayé de l’intégrer sans beaucoup de succès, mais cette organisation reste puissante et influente.

 

Pour maintenir la stabilité de la région, l’Egypte doit être forte et se concentrer sur ses propres problèmes. Chômage, précarité, meilleure distribution des richesses et justice sociale sont autant de chantiers qui indiquent que la tâche est vaste. Or, le temps presse, la région peut s’embraser en un clin d’œil et une attente grandissante de ce pays dont la jeunesse est majoritaire ne tardera pas à presser le long processus de modernisation.

 

L’Egypte aura besoin d’aide pour se reconstruire, elle aura besoin de l’aide de tous ses enfants à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Elle aura besoin du soutien des pays amis pour mettre en place des politiques de co-développement entre le Nord et le Sud et les appliquer sans nuire à la partie faible. Juste après l’annonce du départ de Moubarak, je discutais avec des Egyptiens clandestins vivant en France qui me disaient :  « maintenant nous pouvons rentrer chez nous ». Et si c'était là la meilleure solution pour lutter contre l’immigration clandestine ? Miser sur les peuples qui veulent développer leur pays et ne pas miser sur des régimes autoritaires qui écrasaient et affamaient les leurs. A méditer pour… 2012

 

Hussein EL Ganiany

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