L’esclavage, ce long chemin pour la reconnaissance comme crime contre l’Humanité


Lundi, 17 Août, 2009
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Le poids de l’histoire a toujours pesé sur les relations entre la France et ses départements d'outre-mer. Pourtant, en assumant pleinement ce passé, une nouvelle page pourrait être écrite.

Le 4 février 1794, la première République Française abolissait l’esclavage colonial. Véritable révolution dans la révolution, cette première abolition fut la conséquence du combat mené par les esclaves eux-mêmes (l’abolition fut arrachée par les troupes de Toussaint Louverture à Saint Domingue dès le 29 août 1793), d’une guerre impitoyable avec les Anglais pour le contrôle des colonies et de l’action d’un petit noyau d’abolitionnistes, dont l’Abbé Grégoire).Huit ans plus tard, Napoléon, alors Premier consul, rétablit l’esclavage dans les colonies françaises malgré de farouches résistances. Seuls les esclaves de la partie française de Saint-Domingue préservent leur liberté. Ils infligent à Bonaparte sa première grande défaite et proclament leur indépendance le 1er janvier 1804.

Avec l’avènement de la deuxième république, c’est le printemps des peuples, le combat des esclaves ainsi que celui des abolitionnistes, dont le plus célèbre, Victor Schoelcher, aboutit, enfin. Sous l’impulsion de ce dernier, le gouvernement provisoire de la seconde république signe le 27 avril, le décret d’abolition de l’esclavage et « accorde aux anciens esclaves le statut de citoyen. Des dizaines de milliers d’esclaves retrouvent enfin la liberté. Cependant, l’exploitation coloniale va perdurer après 1848. Par ailleurs, une fois l’abolition proclamée, une chape de plomb va tenter de raturer l’esclavage de la mémoire des descendants d’esclaves. Elle restera présente 150 ans, jusqu’à la marche du 23 mai 1998. Ce jour-là, 40000 personnes, en majorité antillaise, guyanaise et réunionnaise rendent pour la première fois hommage aux victimes de l’esclavage. Par ce geste, l’humanité des esclaves est reconnue par leurs descendants.

Le temps est alors venu que la République le reconnaisse non seulement pour traiter le ressentiment, mais aussi les énormes dysfonctionnements qu’a engendré cette histoire chez les descendants. Le premier pas est fait le 21 mai 2001 par la promulgation de la loi Taubira.

Mais, aujourd’hui, les limites de cette loi se font sentir et il devient urgent que l’esclavage bénéficie d’une reconnaissance renouvelée au risque de nourrir les frustrations des uns, les inepties des autres, et la haine de certains…

Les récentes révoltes dans les DOM révèlent deux choses, une population touchée par une crise économique et sociale, problème qui n’est pas nouveau, mais surtout une question identitaire non résolue pour des populations majoritairement composées de descendants d’esclaves qui ne savent toujours pas comment gérer ce lourd passé.

Comme le fait remarqué Serge Romana, Président du Comité de Marche du 23 mai 98, « ces populations se sont créées dans ce crime contre l’humanité qu’est l’esclavage ». En effet, historiquement, les Réunionnais, les Martiniquais, les Guadeloupéens et les Guyanais n’avaient pas d’existence antérieure à l’esclavage. Pourtant l’article 1er de la loi Taubira ne reconnaît, les esclaves guadeloupéens, martiniquais, guyanais ou réunionnais comme victime de l’esclavage. De ce fait, il ne peut y avoir de réparation symbolique. 

 Par ailleurs, comme le dit Serge Romana, il est temps par exemple de reconnaître les préjudices liés à cette histoire et de prendre des mesures pour y remédier. En guise d’exemple, il évoque la matrifocalité antillaise, ce système de parenté spécifique aux populations issues de l’esclavage et qui se caractérise, entre autres, par la place centrale qu’occupe la mère dans le foyer et par des hommes ayant des difficultés à assumer leur rôle de père et  de mari. Il voit là une conséquence directe de l’esclavage. L’article 12 du Code Noir stipule en effet : « Les enfants qui naîtront de mariages entre esclaves seront esclaves et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves, et non à ceux de leur mari, si le mari et la femme ont des maîtres différents ».

Le président du Comité de Marche du 23 mai 98 revient enfin sur le procès perdu face à Max Gallo. Il dresse un constat édifiant : « la loi de la députée de Guyane ne s’auto-protège pas, il est donc encore possible d’affirmer que l’esclavage n’est pas un crime contre l’humanité sans risquer une quelconque condamnation ».

Il devient urgent qu’une nouvelle loi vienne pallier les carences de la législation de 2001, sans quoi ceux qui affirment qu’il existe une hiérarchie des mémoires dans notre république auront encore du grain à moudre…

Je commence à bien connaître la Réunion. J'y ai plein d'amis de couleurs et de religions différentes. J'y passe 2 mois tous les ans depuis 23 ans. A la suite des "évènements" de février 2009, j'ai voulu savoir pourquoi les manifestations avaient été beaucoup moins violentes à la Réunion qu'aux Antilles. Donc, en novembre, je suis allée passer 3 semaines à la Martinique, en gîte rural, dans un secteur non-touristique. J'ai été surprise par les différences: niveau de développement, accueil des "Métros", autosuffisance alimentaire, etc. Qui peut m'expliquer?

Quand on se borne aux commentaires des médias, tous les DOM sont dans le même sac...

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