Massacre de Sétif, l’amnésie française


Samedi, 13 Octobre, 2012
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Une boucherie. Un massacre. Une barbarie. Aucun mot ne peut qualifier l’enfer qu’ont vécu les Algériens suite à la révolte de Sétif. Le 8 mai 1945, alors que la France célèbre la libération, de l’autre côté de la mer, règnent les ténèbres.

« Libérez Messali », « Nous voulons être vos égaux », « Vive l’Algérie indépendante », « À bas le colonialisme », scandent les 10 000 manifestants, répondant à l’appel du Parti du peuple algérien (PPA), dont le chef Messali Hadj a été arrêté en 1939. Mais la contestation dérape lorsqu’un qu’un jeune homme de 26 ans, Bouzid Saâl, arbore le drapeau algérien. Il est abattu par un policier. C’est le premier martyr de Sétif. Des heurts éclatent entre Européens et manifestants, faisant 28 morts. Des membres du PPA sont interpellés. Même sort pour Ferhat Abbas, fondateur des Amis du manifeste de la liberté (AML), pharmacien de Sétif, partisan de la nationalité française pour tous les Algériens.

 

La rumeur des évènements de Sétif arrive jusqu’à Guelma. La colère des habitants est terrible. Ils attaquent les résidences des Européens. Les assassinent. La riposte côté français ne se fait pas attendre. Elle est sanglante. Les troupes du général Duval, sur ordre du général de Gaulle, matent la révolte sans vergogne. Les exécutions sommaires s’enchainent. On tue. On mitraille. Ne pouvant inhumer tous les corps, des miliciens décident alors de les faire disparaitre dans des fours à chaux. En France, l’affaire est enterrée. Aucune information ne filtre. Même le rapport du général Tubert, estimant à 15 000 le nombre d’Algériens tués, est mis au placard par le gouvernement général. Il ne sera pas rendu public. Le gouvernement général donne toutefois sa version des faits en évoquant : « des éléments troubles, d’inspiration hitlérienne » et en assurant que « la police, aidée de l’armée, maintient l’ordre et les autorités prennent toutes décisions utiles pour assurer la sécurité et réprimer les tentatives de désordre. »

 

Albert Camus et Kateb Yacine protestent

 

Peu d’Européens condamnent les massacres de Sétif et Guelma. Seuls quelques intellectuels tels qu’Albert Camus, ou encore Kateb Yacine, ont réagit, meurtris par autant de sang versé. Le grand écrivain algérien, Kateb Yacine, lycéen au moment des faits à Sétif, écrit : « C’est en 1945 que mon humanitarisme fut confronté pour la première fois au plus atroce des spectacles. J’avais vingt ans. Le choc que je ressentis devant l’impitoyable boucherie qui provoqua la mort de plusieurs milliers de musulmans, je ne l’ai jamais oublié. Là se cimente mon nationalisme. » Albert Camus, s’exprime, lui, dans le journal Combat du 13 au 23 mai. Selon lui, « l’Algérie est à conquérir une seconde fois », indiquant que le peuple arabe existe. « Il n’est pas inférieur sinon par les conditions où il se trouve ».

 

Combien de personnes ont péri lors de ces massacres ? On l’ignore toujours. Le bilan est source de polémique jusqu’à présent. Les autorités algériennes, elles, parlent de 45 000 morts. La France conteste ses chiffres. Elle évoque très peu cette page sombre de son histoire. Une chose est sûre. Les massacres de Sétif et Guelma ont donné naissance à une colère plus féroce et un désir d’indépendance plus grand chez les Algériens. Pour certains, ces évènements portent les germes de la guerre d’Algérie. Les blessures de cet ombrageux passé sont saillantes. La France et l’Algérie n’ont toujours pas de mémoire commune pour faire le deuil. En attendant, les nouvelles générations portent jusqu’à aujourd’hui ce lourd fardeau de souffrances. Pour combien de temps encore ?

 

 

Assanatou Balde

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