De l’amour au combat


Samedi, 13 Octobre, 2012
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Je vous présente « Emilie Busquant, ou la naissance d’une nation indépendante : l’Algérie ». Inconnue du grand public et ignorée dans la plupart des livres d’histoire, ce petit bout de femme d’origine modeste aura vécu une histoire d’amour « engagée » avec Messali Hadj par-delà les barrières invisibles des communautés, et posé les premières pierres de la Révolution algérienne.

 

Derrière chaque grand homme, il y a une femme. Celle qui a vécu dans l’ombre de Messali Hadj, père de la nation algérienne s’appelait... Emilie Buquant. Mais que pouvaient-ils bien avoir en commun ? Une terre ? Une couleur ? Des racines culturelles ? Non ! Un idéal : celui de liberté et d’égalité pour tous, par tous et surtout partout.

 

Cette fille de mineur anarcho-syndicaliste de Neuves-Maisons en Meurthe-et-Moselle a quitté sa Lorraine natale à l’adolescence, faute de travail, pour Paris. C’est ainsi que devenue parfumeuse dans un grand magasin de la place de la République, elle a rencontré par-delà la barrière culturelle et géographique celui qui transforma sa vie, par l’entremise d’une amie commune. C’était en octobre 1923.

 

Messali Hadj était originaire de Tlemcen. Venu à Paris pour fuir la pression familiale du mariage, il était devenu manœuvre dans une usine du 20ème arrondissement. Il avait 24 ans. Elle en avait 22. Les origines modestes et prolétaires de la jeune fille ont tout de suite trouvé écho dans le cœur de ce jeune pas encore révolutionnaire mais déjà révolté par les inégalités en Algérie. Elle y mettra un mot : Révolution.

 

Car pour elle, comme pour lui « les damnés de la terre colonisée du Maghreb, comme les prolos français devaient mener le même combat, contre les mêmes forces oppressives ».Comme elle le dit dans ses mémoires elle était « née dans une région de France fiévreuse révolutionnaire et patriotique à la fois et avait partagé avec les membres de sa famille le sort d’un prolétariat exploité et humilié ».

 

De fil en aiguille, le militantisme actif se mit en branle. De rencontres en réunions, de réunions en meetings, de meetings en manifestations. De Paris à Alger, Tlemcen, Setif ; le mouvement était né, plus rien ne l’arrêterait. Première pierre à l’édifice et trois ans après leur premier regard en 1926, la création à Paris de l’Etoile Nord Africaine (ENA), avec Amar Imache, Salah Bouchafa et bien sûr tous les militants recrutés dans les quartiers populaires d’Ile de France. Le premier mouvement nationaliste à revendiquer l’indépendance de l’Algérie. Quelques années plus tard en 1930, c’est Emilie et Messali qui rédigeront le mémoire de l’Etoile destiné à la société des Nations.

 

Dans la jeune mais très active organisation, Emilie avait sa place bien définie. Préférant de très loin l’ombre à la lumière, elle était la conseillère stratégique, la plume et la confidente de son révolutionnaire de « petit ami ». Et c’est encore elle qui organisa sa défense pour ses nombreux procès en 1934, 39, 41…

 

Emilie Busquant se considérait avant tout comme une militante et tenait, malgré l’ampleur que prenait le mouvement, à le rester. Certains historiens disent qu’elle est la mère du drapeau algérien qu’elle dessina sur une nappe en 1929. Elle le voulait du rouge des insurgés de 1789 et du sang des communards et du Maghreb, du vert couleur de l’Islam. D’autres doutent de ce fait. Quoiqu’il en soit c’est bien ce drapeau-là qui fût brandi par la foule de manifestants à Sétif le 8 mai 1945.

 

Le mouvement était bel et bien en train de devenir Révolution.

 

Bon, je dois quand même vous dire qu’Emilie et Messali se brouillèrent quelque peu sentimentalement au début des années 50. Mais Emilie sera tout au long de sa vie restée fidèle à son Messali de révolutionnaire auquel soit dit en passant, elle donnera deux enfants. C’est à lui qu’elle écrira sa dernière lettre en octobre 1953, un an avant le début de la guerre d’Algérie. Elle y disait : « …Pourquoi suis-je vieille et malade ?...Maintenant le peuple français sait ce qu’il se passe ici et s’y intéresse…Je ne veux pas mourir avant de voir l’indépendance de l’Algérie. Car bon gré, mal gré, cela est inévitable ».

 

Trente ans d’amour, trente ans de combat ! Et la suite on la connait : une guerre qui dura huit ans, des atrocités et puis et puis cette indépendance tant désirée.

 

Emilie Busquant aura sans doute était la plus militante des femmes de révolutionnaires et pourtant on ne la connait que très peu.

 

Alors moi petite Loubna originaire de Constantine, je te dis 50 ans après : « Merci Emilie ». Je veux pour les trente années à venir la même vie que toi. Une histoire d’amour avec pour fil-directeur la liberté et l’égalité, et la naissance d’une nation ! Bon je sais ! N’est pas Emilie Busquant qui veut, mais quand même Vite Vite Mon Messali !

 

Loubna Cherchari 

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