Femmes et rroms : la double peine


Mercredi, 2 Octobre, 2013
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Au cours des 20 dernières années de ce que l’on appelé la transition en Bulgarie, le chômage s'est transformé en un phénomène de communauté pour les Rroms. Une génération entière a été privée de la possibilité d'organiser sa vie autour du travail. Un fléau qui frappe en priorité les femmes.

Les femmes rroms sont particulièrement désavantagées sur le marché du travail, en raison de leur rôle domestique traditionnel dans la famille et leurs grossesses fréquentes, mais aussi du fait d’un manque de qualifications et des préjugés des employeurs potentiels. Les femmes des minorités, en particulier dans les zones rurales, ont des difficultés à accéder aux services de l'emploi et au marché du travail en raison d’un manque d'information, et des difficultés qu'elles rencontrent sur le marché du travail. Une femme rom se plaignait de ne pas trouver d’emploi, ni même de décrocher un entretien d'embauche en dépit de son diplôme universitaire. Le problème, c’était l’adresse mentionnée dans sa lettre de motivation montrant qu'elle vivait dans le quartier rom de la ville.

 

En Bulgarie, les femmes rroms sont le plus souvent cantonnées dans des emplois non qualifiés. Travailleuses saisonnières et occasionnelles dans l'économie grise, elles sont gratifiées de faibles salaires et n’ont pas accès aux prestations de la sécurité sociale.

 

Les coûts sociaux du manque d'emplois sûrs sont particulièrement graves pour les plus vulnérables parmi les femmes rroms : mères célibataires, veuves et femmes victimes de violence conjugale, qui n'ont pas le soutien de la communauté et peuvent se trouver contraintes à la prostitution et / ou victimes de la traite des êtres humains. De même que les niveaux de pauvreté parmi les femmes âgées des minorités sont étonnamment élevés.

 

Les traditions, les stéréotypes et la réalité

 

Les visages réels, les besoins et les problèmes des femmes des minorités restent cachés et invisibles derrière les images biaisées et stéréotypées propagées dans les médias. Par exemple, l'étude de l'OIT / PNUD a prouvé que les femmes rroms jouent un rôle clé dans la prise de décision familiale. Par conséquent, des mesures et des politiques concrètes visant à améliorer la situation des communautés rroms doivent tenir compte de ce fait et promouvoir une plus large participation et implication des femmes

 

L'accès à une éducation de qualité pour les filles

 

Les enquêtes sociologiques et les rapports d'experts montrent clairement que les stratégies nationales, les programmes municipaux et les plans d'action pour l'intégration scolaire des enfants des minorités ne tiennent pas compte des besoins spécifiques des filles en situation minoritaire.

 

L’ «optimisation» ou fermeture des écoles dans les petits campements néglige les droits et les intérêts des filles des minorités. En dehors de l'aspect économique (les parents n'ont souvent pas les moyens d'envoyer leurs enfants à l'école dans une autre ville tous les jours, de fournir l'argent de poche pour un repas chaud, etc), les déplacements des filles génèrent des craintes concernant leur sécurité.

 

De fait, les filles des régions rurales peinent à bénéficier d’une éducation de qualité. La formation en langue maternelle est très limitée et entrave encore l'intégration des filles des minorités qui, traditionnellement, ne passent pas autant de temps à l'extérieur de leurs maisons, et les empêche de socialiser avec de nombreux pairs de diverses cultures.

 

Les Rroms sont le seul groupe ethnique en Bulgarie où le niveau d'éducation des femmes est inférieur à celui des hommes. L'illettrisme est trois fois plus fort chez les femmes que chez les hommes. L’analphabétisme ou le faible niveau d'éducation des femmes se répercutent sur les aspirations et les réalisations scolaires de leurs enfants.

 

Le processus de la non-scolarisation, l'absentéisme et le décrochage scolaire chez les enfants des minorités exigent la fourniture urgente de moyens et d'outils institutionnels pour garder les enfants et les jeunes dans le système éducatif assez longtemps pour leur offrir des choix flexibles. L'éducation est un facteur clé lors de la mesure du risque de pauvreté.

 

Margarita Spasova

représentante de la Commission de protection contre les discriminations (Bulgarie)

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