L'éducation prioritaire mérite d'être véritablement expérimentée !


Lundi, 16 Avril, 2012
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Eric Keslassy est politiste et sociologue. Enseignant à Science-Po Lille, il a publié Lire De la Démocratie en Amérique (Ellipses, 2012) et Citations politiques expliquées (Eyrolles, 2012).

 

 

La proposition de Pote à pote est intéressante dans la mesure où elle permet de mettre l’accent, à nouveau, sur la nécessité de mettre en place une véritable éducation prioritaire. Il s’agit de développer une politique éducative équitable : « donner plus à ceux qui ont moins » pour favoriser l’égalité des chances. Le projet initial, pensé en 1981 par la gauche, n’a finalement que très imparfaitement été mis en place.

Erosion de la mixité sociale

Dès lors, le bilan contrasté – voire négatif – qui est généralement présenté lorsqu’il s’agit d’analyser l’efficacité des Zones d’éducation prioritaire (ZEP) doit être fortement nuancé : les moyens budgétaires déployés n’auront jamais été significatifs. L’augmentation du nombre d’établissements classés ZEP a en effet généré une sorte de « saupoudrage » diminuant considérablement l’impact de l’éducation prioritaire.

Dès lors, les moyens supplémentaires attribués aux ZEP ont très insuffisamment conduit à l’instauration d’heures supplémentaires, mesure qui aurait bénéficié aux élèves eux-mêmes. La prime de sujétion censée stabiliser le personnel, en particulier le plus qualifié, n’aura jamais rempli son office. Et finalement le passage en ZEP a même eu tendance à provoquer une évolution adverse dans la composition de la population scolaire : une forme de stigmatisation et une érosion de la mixité sociale se sont mises en place.

Voir ce qui se fait ailleurs

Pourtant, loin de disqualifier le principe de l’éducation prioritaire, ce constat doit conduire à améliorer le ciblage des moyens sur les établissements les plus en difficulté. Ainsi, ce n’est qu’en réduisant significativement le nombre d’élèves par classe que l’on peut espérer d’importants progrès.

De même, pour améliorer la qualité des cours et la durée de présence des enseignants affectés en ZEP, il conviendrait d’inciter les professeurs les plus expérimentés à y travailler, notamment par une revalorisation des rémunérations et la définition de pédagogies adaptées, plutôt que d’envoyer de jeunes fonctionnaires y faire leurs classes. Sans peut-être tout à fait approuver le modèle mexicain, qui consiste en deux corps d’enseignants recrutés via des concours différents, avec des salaires différents, en fonction du public auquel ils seront confrontés, il est nécessaire de reconnaître (et de valoriser) la spécificité des enseignants affectés dans ces ZEP.

 

Eric Keslassy

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