LA CRISE DANS LES DOM : D’ABORD UNE CRISE DE LA RELATION


Dimanche, 16 Août, 2009
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Le sociologue Pierre Pastel revient sur les récents événements qui ont secoué les Antilles françaises et nous offre une analyse du rapport entre la France et ses départements d’Outre-mer : « Je t’aime, moi non plus… »

 




On peut comparer la vague de protestation qu’ont connue, dans le premier trimestre de 2009, les départements français de la Caraïbe (la Martinique et la Guadeloupe) à un cyclone qui, en un rien de temps, met tout à nu et nous oblige tous à la réflexion et à la réaction. Ici, c’est l’ensemble de la conscience collective française qui reçoit en pleine face la poussée du vent… de la contestation. Nous savons que, face à ce type de tourmente climatique, nul ne peut prétendre ne pas être affecté par ce qui se passe. De manière tout azimut, tous, et surtout les « spécialistes », de quelque niche qu’ils se réclament ou s’auto-proclament, cherchent, non sans une certaine frénésie, l’explication, la solution.

Le déni séculaire

Là où est contestée une pratique séculaire de la « profitation/exploitation », de la discrimination à l’embauche, là où est pointé du doigt un chômage endémique, un mal développement économique systémique, là où est fustigé un mode, presque congénital, de partage inégal des richesses, on veut encore y voir une crise économique et financière conjoncturelle.

Là où des milliers de consciences individuelles se lèvent comme un seul homme pour dire de concert, haut et fort, à elles-mêmes et à l’adresse de la Nation française si ce n’est à l’adresse du monde tout court, STOP à la falsification de notre dignité humaine, NON au déni de notre état d’égal citoyen, on veut encore y voir des hommes et des femmes qui se cherchent, des non-matures en crise d’identité.

Là où, aux prises avec la vie quotidienne, des responsables politiques, associatifs, des responsables syndicaux, religieux, là ou des acteurs du monde éducatif, de la culture, des acteurs de la santé, du monde économique ou de l’environnement, se concertent, élaborent un schéma d’amélioration des conditions de la vie ensemble et se dressent pour convoquer au dialogue et à la négociation sans complaisance, on veut encore y voir une prise de parole syndicale ou une crise politicienne menée par des prétentieux travaillés par des arrières pensées aux relents sécessionnistes.

Là où des milliers d’hommes et de femmes, majoritairement des personnes métisses ou noires, disent à l’ensemble de leurs compatriotes de ces sociétés insulaires et à ceux de l’ensemble de cette nation française à prétention démocratique (peu importe la couleur de leur épiderme) : -Ne vivons pas en caméléon ! Le gâteau économique, politique, le gâteau foncier, historique, le gâteau culturel, celui de l’éducation, de la santé, n’appartient à personne ni à aucun groupe exclusivement mais à nous tous. Entraînons-nous, donc, au discernement et au respect mutuel- on veut encore et toujours y voir des velléités racistes rampantes.

Là où l’on sollicite un réajustement des prix, l’équité et la continuité sociale, les apprentis spécialistes « nombrilistes » de la comptabilité publique croient encore y repérer des citoyens pique-assiette qui coûteraient cher à la Nation et cela sans que ne soit apporté, par les relais officiels de l’état, un nécessaire et vibrant démenti face à cette illusion d’optique séculaire.

Là où pour lever des malentendus ou pour pulvériser la camisole du refoulement face à l’histoire de l’esclavage des personnes noires et de la colonisation, là où, pour mieux se connaître pour mieux vivre ensemble, on réclame un indispensable et utile devoir de faire mémoire ensemble, on veut encore y voir une resucée névrotique du passé. C’est à croire qu’il existerait des groupes, des peuples qui auraient, en France et de par le monde, le monopole de la souffrance et du devoir de mémoire, et d’autres qui devraient s’interdire de souffrir et de se souvenir…

Là où ils somment l’Etat français de ne plus fabriquer des citoyens de première zone et d’autres de seconde zone, là où ils lui rappellent sa complaisance anti-citoyenne vis-à-vis de tel ou de tel aux Antilles, là où ils lui indiquent son non-devoir de contrôle depuis plusieurs décennies, notamment de contrôle de l’effectivité de la concurrence, on veut encore y voir une tentative pour lui imposer la loi de la rue…

Là où ces milliers de vieux, de jeunes et de moins jeunes, ces milliers d’adolescents et d’enfants mettent en veilleuse, un des moments forts de leur culture, le CARNAVAL, pour continuer à dire et à faire entendre leur essentiel : « nous naissons égaux en droit et en devoir, nous entendons construire avec tous un avenir serein », on veut y voir encore des bons à rien toujours disposés à s’amuser.

Pour une autre relation sociétale  Assurément, la représentation que l’on a de quelqu’un, d’un groupe, détermine la qualité de la relation que l’on entretient avec lui. La qualité de la relation qu’on entretient avec lui détermine la qualité des « échanges »…y compris économiques…qu’on nourrit avec lui. La qualité des échanges qu’on nourrit avec lui détermine le niveau de la paix sociale, le niveau de la tranquillité civique, la quiétude sociétale.

La crise dans les DOM est d’abord une crise de la perception qu’on a de l’autre, laquelle détermine tout le reste, à commencer par la qualité de la relation entre les hommes.

En somme, l’on comprend que, pour opposer une solution durable à cette crise de la relation, c’est donc toute la société française qui doit S’EDUQUER à connaître, à intégrer MENTALEMENT, culturellement, l’homme… pluriel.

 

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