Gérard Filoche : « Les inégalités tirent tout le monde vers le bas »


Lundi, 1 Février, 2016
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Gérard Filoche, ancien inspecteur du travail et membre du Bureau National du Parti Socialiste, nous explique à quel point les inégalités entre salariés français et étrangers n’arrangent personne… Sauf les patrons


Lorsqu’on parle d’inégalité, tout le monde trinque. Le salarié immigré, qui n’a ni droits ni papiers, se trouve dans une situation précaire et le salarié français, mis en concurrence avec quelqu’un n’ayant pas de droit et ne pouvant donc pas se défendre convenablement, devient vulnérable. La non-égalité des droits entre tous tire alors chacun vers le bas. 

 

Mise en concurrence 

 

La concurrence est une situation à laquelle il est inévitable de faire face dans le monde du travail. Du côté des employeurs, c’est à celui qui va obtenir la plus grande marge sur chacun de ses salariés. Chaque employé cherche à vendre sa force de travail le plus cher possible et chaque employeur cherche à l’acheter le moins cher possible afin de pouvoir tirer de chacun des employés une marge conséquente. Ensuite, il peut, avec cette marge, la réinvestir, développer son entreprise, ou comme beaucoup, en tirer des dividendes et les placer dans divers paradis fiscaux, mais c’est encore une autre histoire. 

 

Cette concurrence féroce qui vise à baisser le coût du travail, entraîne également une baisse des droits. La baisse du coût du travail implique effectivement une régression des droits des employés, et s’il peut y avoir concurrence entre un salarié immigré et un salarié français, c’est tout à l’avantage de l’employeur. 

 

Les actes discriminatoires commis par certains employeurs sont souvent liés à cette forme de concurrence : on peut ainsi faire faire à un travailleur étranger le même travail qu’à un travailleur français en le rémunérant deux à trois fois moins, à cause d’une diminution des droits des travailleurs étrangers face aux travailleurs français. 

 

Ne pas perdre de vue les droits des salariés

 

La différence entre salaire net et salaire brut ne doit pas être considérée comme une charge. Si vous écoutez la radio, vous entendrez cette expression : « charges sociales ». Ne l’utilisez jamais. Ce ne sont pas des charges sociales, mais des cotisations sociales, ce qui est tout à fait différent. On ne peut les considérer comme un impôt, mais plutôt comme un salaire. Les cotisations reviennent effectivement aux salariés plus tard : c’est une part du salaire mutualisé, mise en commun et redistribuée à chacun en fonction de ses besoins : lorsqu’il fait face à la maladie, au chômage, à des difficultés de logement, à un accident du travail, lorsqu’il est en charge d’une famille nombreuse ou encore lorsqu’il part à la retraite. 

 

Ce sont des cotisations pré-affectées et lorsqu’on s’en prend à ces cotisations, on s’en prend donc à quelque chose d’essentiel : la protection sociale liée au travail. 

 

 

 

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