La mondialisation des indépendances


Vendredi, 23 Avril, 2010
Logo

A partir de 1945 le mouvement de décolonisation est enclenché sur toute la planète au nom du « droit des peuples à disposer d’eux même ». Réunis à la Conférence de Bandung en 1956 les pays d’Asie ou d’Afrique qui viennent de se  libérer du joug britannique poussent les « frères » africains à réclamer leur indépendance à leur tour.

 

 Guerre mondiale, conséquences planétaires. Alors que l’Europe se relève en ruines, le conflit de 39-45 va avoir un impact décisif sur le lien entre puissances européennes et colonies. Car la guerre l’a souligné comme une évidence : le mythe des puissances coloniales invincibles a vécu. France, Hollande, Belgique ont subi des défaites éclair. L’Angleterre n’a pu que résister. Les colonies comprennent qu’elles sont dominées par des géants aux pieds d’argile. « Le Bon Nègre est mort », clame dès 1945 le leader sénégalais Léopold Sédar Senghor, illustrant que les rapports, désormais, devront radicalement changer entre colonisateurs et colonisés.

 

Autre facteur décisif, l’avènement de deux nouvelles puissances : les Etats-Unis et l’URSS. Par conviction autant que par intérêt de voir réduite l’influence des anciens empires, les deux grands vainqueurs de la Guerre martèlent leur opposition au système colonial. Dès 1941, les Etats-Unis proclamaient le droit des peules à disposer d‘eux-mêmes. Le Kominform, réunion des Etats socialistes, brandit à partir de 1947 son interprétation marxiste de la résistance au colonialisme.

 

Le vent de révolte, lui, s’est levé à l’Est. Avec un modèle. Dès 1945, Sukarno, leader du parti national indonésien, proclame l’indépendance de son pays et la rupture des liens avec les Pays-Bas. Le dernier bastion asiatique à tomber est l’Indochine, qui devient en 1954 le Vietnam après huit ans de guerre avec la France. Un an plus tard, Sukarno réunit en Indonésie le sommet qui marque l’avènement d’une troisième voie. La conférence de Bandung poursuit un double objectif : soutenir et aider les pays encore soumis à acquérir leur indépendance – en particulier les pays africains, dont le statut n’évolue guère, et marquer le refus de s’aligner derrière les deux nouvelles puissances, Etats-Unis et URSS. Soutenus par la Chine, une trentaine de pays asiatiques et africains, tous indépendants, rejoignent ainsi l’Indonésie du 18 au 24 avril 1955. Nehru, l’Indien, Nasser l’Egyptien ou Sukarno en sont les figures de proue.

 

Le Tiers Monde entre sur la scène mondiale, et ouvre le mouvement des non-alignés. Rejet des deux blocs, appel à la fin de la colonisation, à la coopération entre Asie et Afrique… Bandung marque à la fois un tournant et un accélérateur de l’histoire. « C’est la mort du complexe d’infériorité », pointe Senghor pour définir l’émergence des non-alignés. Dans les sept années suivantes, toutes les colonies du monde allaient arracher leur indépendance.

 

Cyril Pocréaux

 

 



Publier un nouveau commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.