« Un potentiel de mobilisation toujours là »


Lundi, 26 Décembre, 2011
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Pour savoir si la baisse des subventions des associations entraîne un défaut de citoyenneté, Pote à Pote a interrogé le sociologue Adil Jazouli. Actuellement responsable de la Mission Prospective et Stratégie à la DIV (Délégation interministérielle à la Ville), il nous livre son sentiment sur le pouvoir de se mobiliser et la situation du tissus associatif dans les quartiers.

 (crédit photo : Maghress)

 

Pensez-vous que la notion de citoyenneté existe toujours à l'heure actuelle dans les quartiers ?

Bien sûr. Elle existe depuis toujours. Elle existe sous plusieurs formes, à la fois à travers la vie associative, la participation à la vie politique. Car malgré les périodes où il y a eu des baisses, il y a eu des participations aux votes, et de l'engagement des citoyens issus des quartiers dans des combats politiques, dans des conseils municipaux, dans des conseils de quartier. Il y a une fluctuation. Cette citoyenneté est plus ou moins forte selon les quartiers selon les périodes, elle n'est pas toujours égale, on n'a pas une citoyenneté qui s'exprime de façon permanente mais bien sûr elle existe sous plusieurs formes : dans l'engagement des femmes, dans l'engagement des jeunes, dans des mouvements solidaires, dans des actions autour de l'éducation des enfants comme le soutien scolaire.

 

 

Vous êtes démenti par le taux de participation aux dernières élections qui était vraiment bas.

Il l'était également au niveau national. Les quartiers populaires amplifient les mouvements nationaux. Il y a eu un faible taux de participation aux élections régionales et cantonales au niveau national donc il a été très faible au niveau des quartiers. Il y a une différence certes, mais elle n'est pas énorme. Par contre, les taux de participation à la présidentielle 2007 ont été très très fort au niveau national donc ils ont été très fort aussi dans les quartiers. Lorsque ça baisse, ça baisse d'autant plus au niveau des quartiers populaires. Il y a un phénomène d'amplification à la hausse et un phénomène d'amplification à la baisse.

 

 

Le réseau associatif n'est-il pas limité dans ses actions par l'éventuelle menace d'un refus de subventions à venir si l'action déplaît aux financeurs ?

Bien sûr que c'est un handicap. C'est clair que la précarité des financements publics, la fluctuation que ce soit au niveau local ou niveau national font qu'effectivement la pérennité des actions est mise en cause en permanence et ne poussent pas toujours nos concitoyens des quartiers populaires dans des actions parce qu'ils ne savent pas du tout si l'année d'après ils pourront agir de la même manière. C'est clair que là on a un problème qui est récurrent depuis des années, ce n'est pas récent. Ça fait des années que la question se pose sur la sécurisation des financements des associations... Personne pour l'instant n'a trouvé de solution Il est vrai aussi que qu'il y a très peu de financement privé, les associations sont principalement financées par des fonds publics. L'incertitude autour de ces financements pose un vrai problème sur l'engagement des citoyens, sur les associations, sur les actions.

 

 

Que reste-t-il du tissu associatif dans les quartiers ?

Il est plus faible qu'il y a quelques années, c'est clair. Que ce soit en nombre, en actions, pour plein de raisons qui sont délibérément matérielles, je pense en terme de subventions publiques mais pas seulement. Il y a aussi le fait que la situation économique et sociale dans les quartiers s'est malheureusement dégradée ces dernières années, ce qui fait que les personnes s'occupent d'abord de leur propre situation personnelle, ont du mal à s'engager collectivement dans des actions. Dans une situation de chômage ou du précarité, on a du mal à s'occuper des autres, on s'occupe de soi-même, on essaie de s'en sortir d'une manière ou d'une autre. C'est vrai que dans ces quartiers-là, on constate qu'il y a une baisse des actions. Mais en même temps il ne faut pas généraliser. Il y a des quartiers où perdure l'action associative traditionnelle, notamment dans un certain nombre de villes moyennes ou de grandes villes. Et puis il y a aussi de temps en temps en raison de situations de tension ou de mobilisation autour de rénovations urbaines, des mobilisations ponctuelles qui apparaissent, qui ne durent pas très longtemps mais qui expriment à leur manière la volonté des gens de s'engager ou de donner leur opinion. Donc on n'a pas une vie associative, je dirais continue, permanente, mais de temps en temps des expressions, des mobilisations collectives autour d'actions ponctuelles. Globalement on n’assiste pas une baisse de la citoyenneté, plutôt une baisse de l'expression permanente de cette citoyenneté à travers à la fois l'action associative et l'action politique. Mais le potentiel de mobilisation est toujours là.

 

 

Propos recueillis par Christine Chalier



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